« Le monde est à toi » de Martine Delvaux, un livre sur l'amour féministe

Crédit photo: Héliotrope/Facebook « Le monde est à toi » de Martine Delvaux, un livre sur l'amour féministe

Je viens de terminer Le monde est à toi de Martine Delvaux et je suis encore sous le charme, ou sous le choc, dans cet état de doux bouleversement qui m’a accompagnée tout au long de la lecture de ce petit livre qui parle d’amour féministe. 

Le monde est à toi est une lettre que l’auteure, connue pour ses romans et ses essais féministes, écrit à sa fille de quinze ans. C’est une lettre d’amour, qui se formule comme une interrogation : qu’est-ce que c’est, être une mère féministe?

L’auteure répond avec une sincérité et une humilité désarmantes. « Être une mère féministe, c’est d’abord aimer, t’aimer toi », dira-t-elle à sa fille. Tout le texte se déploie autour de cet amour d’une mère pour sa fille, un amour plein de tendresse et d’admiration, d’humilité et de sensualité, de recherche et de plaisirs partagés. Je crois que c’est ce qui m’a le plus touchée de ce livre, cette capacité de l’auteure à traduire en mots, mais aussi « entre les lignes », ce sentiment amoureux qu’on ressent devant nos enfants qui est si difficile à décrire. Elle réussit, il me semble, à nous le faire goûter, et c’est vraiment beau, touchant et fort.

 
Tu es ma fille, mais je ne sais pas tout à fait qui tu es. Chaque fois que mon regard se dépose sur toi, je te découvre à nouveau. Je te reconnais, comme quand on croise quelqu’un qu’on n’a pas vu depuis longtemps, avec un léger étonnement. La distance de l’émerveillement. (p.18)

J’aime beaucoup lire des femmes qui réfléchissent à la maternité féministe. Quand j’ai lu pour la première fois Les tranchées, de Fanny Britt, ma fille devait avoir près de deux ans, et ce fut pour moi une révélation. J’avais l’impression de me faire raconter mon histoire, de me découvrir dans les mots d’une autre. Et tout à coup, je ne me sentais plus seule, je n’étais plus seule, je faisais partie de cette communauté de femmes, de mères, qui cherchent, qui se buttent, qui s’enfargent et se relèvent, qui avancent sans trop savoir comment faire, ni si elles vont s’y faire. Le monde est à toi me fait le même effet, un sentiment de communauté m’habite, et de reconnaissance aussi : j’ai eu l’impression de me trouver un peu, ici encore, dans les mots d’une autre. 

 
Qu’on cesse de penser la maternité comme une expérience individuelle. Et qu’on cesse de penser à la fois une chose et son contraire : qu’avoir un enfant donne tout son sens à la vie, et qu’avoir un enfant détruit la vie. Il faut aimer les mères pour leur permettre d’aimer leurs enfants. (p. 44)

Ce qui m’a touché aussi, c’est qu’à travers la forme littéraire de la lettre, et particulièrement les passages écrits au « tu », je me suis moi-même identifiée à la jeune fille de l’auteure, Élie. Je me suis mise en position d’écoute, j’ai gobé les conseils et les appels à la révolte, j’ai eu envie de suivre les invitations que cette mère en quête de justice formule finalement à toutes les filles, à toutes les femmes. Parce qu’en devenant mère, on ne cesse pas pour autant d’être une fille, je me suis sentie aussi être cette jeune fille qui apprend, et qui veut s’éprendre du monde, le faire sien, y faire sa place. Delvaux joue ainsi avec les rôles, nous fait valser entre nos conditions de mère, de femme, de fille, d’adolescente-qui-a-grandit-mais-pas-tant, d’humaine, d’humaine qui cherche. 
 

Ne crains pas de parler fort, de hausser le ton. Tu as le droit, toi aussi, à la furie. Ne tombe pas dans le piège tendu de ceux qui disent de celles qui s’affirment qu’elles frôlent l’hystérie. Tu n’as pas l’obligation d’être conciliante. Tu n’es pas forcée de toujours accepter de discuter. Et si ton corps s’exprime, que ta peau rougit, que tes yeux s’assombrissent, que ton débit s’accélère, que tu te mets à trembler ou à pleurer, si tu te mets en colère, sache que c’est parce que c’est nécessaire, ce n’est pas une tare, un péché, ou une maladie. N’oublie pas que tu as le droit d’exister. (p. 129)

J’ai lu Le Monde est à toi alors que le mouvement #MoiAussi battait son plein. Étrange hasard qui donna encore plus de sens à ma lecture, et qui me rendit encore plus admirative de la prise de parole et de la solidarité des femmes et des survivantes. Delvaux fait partie de celles qui inspirent à crier encore plus fort, et qui donnent confiance dans le fait que nous ne le ferons pas seules. Une invitation à joindre nos voix pour façonner pour nos enfants un monde empreint de justice, de solidarité, de liberté, d’amour : un monde féministe.

Le monde est à toi
Martine Delvaux
Éditions Héliotrope
152 pages 

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