​Notre fils : ce somnambule des ténèbres

Crédit photo: Rene Böhmer/Unsplash ​Notre fils : ce somnambule des ténèbres

Insomniaque depuis toujours, me prendre pour le surveillant de nuit est l’une des choses que je préfère dans mon rôle de parent. À 22h00, je suis souvent à l’ordi. Le reste du temps, mes jambes sont nouées à celles de ma blonde en dessous d’une jetée, devant Brooklyn Nine-Nine. Il faut être parent pour connaître ce silence libérateur qui règne dans une maison où les enfants dorment.

L’affaire, c’est que notre fils est particulier : on vit dans un film intitulé « There’s something wrong about Nathan ». Soir après soir, ça ressemble à une intro de film d’horreur qui met en scène un enfant possédé. 

Incident récurrent N°1
Nous pensons à aller nous coucher, puis nous sentons un coup de vent à gauche. Apparition de la silhouette de Gollum qui franchit le salon, vers les toilettes. Les poils se lèvent dans nos cous. 

via GIPHY

Je parle fort : « NATHAN, c’est toi... yo? ». Aucune réponse. Je me lève pour voir ce qui se passe. Puis, devant la porte de la salle de bain, je m’inquiète et je demande : « Nathan, est-ce que je peux rentrer? ». Inquiet, je pousse un peu la porte pour l'apercevoir. 

Comme d’habitude, il se tient devant la douche, immobile. 

Je pense à la scène finale du Blair Witch Project. Je pense à la vie que j’ai vécue. En deux secondes, je me dis que je n’aurai jamais vu le Grand Nord, que j’aurais dû manger du bacon plus souvent. 

Notre fils se retourne, sans aucune émotion. Il a les yeux ouverts, mais il est absent. Moi, j’ai la face de Tilda Swinton dans We need to talk about Kevin : 

« - Tu fais quoi... mon beau...?
- Je vais prendre ma douche, Papa. 
- Il est tard, Nathan... Tu t’es peut-être levé pour faire pipi? 
- Oui. »

Il se retourne et fait sa job, partout sauf dans la toilette. Après, il me regarde avec sa face pas d’âme, avant de retourner se coucher sans faire attention à moi. Je suis sain et sauf, pour l’instant.

Incident récurrent N°2
Notre fils parle dans son sommeil. J’en ai parlé avec beaucoup de parents et chacun a son histoire. Mais notre garçon est différent. Il ne dit pas des belles choses réconfortantes comme « Je vais vous prendre un verre de thé Chai, monsieur ».  Ce qui sort de sa bouche est tiré tout droit du Nécronomicon. Ce sont des souffrances, des cris pour recevoir de l’aide :

« NON, ARGHHHH. S’IL VOUS PLAÎT, NON. ÇA FAIT MAAAAAAAAAL. »
ou alors,
« JE VEUX PAS LES VOIR!! ILS SONT LÀ!! »

Via GIPHY

Quand nous en avons parlé à notre médecin de famille, elle a dit qu’il ne fallait pas s’inquiéter. Rassurante, elle a dit qu’il fallait simplement nous assurer que son parcours reste constant. Si jamais il essayait de sortir de la maison, peut-être qu’il fallait que nous installions un crochet sur la porte, hors de sa portée, pour l’empêcher de se réveiller en dessous d’un viaduc. 

Je l’aime, notre fils étrange. C’est juste que des fois, je pense à tout ça, couché dans mon lit. À ce moment-là, ma plus grande peur, c’est d’ouvrir les yeux.

Je crains de le voir là, debout, qui m’observe. 

Psssttt ! Envoie-ça à ton ami!

PLUS DE NOUVELLES