Monoparentale, célibataire et bien avec soi-même : hymne à ma mère

Crédit photo: Laurent Peignault/unsplash Monoparentale, célibataire et bien avec soi-même : hymne à ma mère
J’avais 8 ans quand mes parents se sont séparés. Ma mère a mis mon père dehors avec ses affaires et ça été simple de même (dans ma tête d’enfant). Du jour au lendemain, j’étais une enfant de plus avec une famille éclatée et je mentirais à la terre entière si je n’avouais pas que j’en ai voulu à ma mère.
Je lui en ai voulu par moment surtout. Quand mon père me manquait ou encore quand elle manquait de patience, un peu au bout du rouleau de tout faire seule. Je voulais une famille normale et je priais le soir pour que mes parents s’aiment à nouveau.
Plus les années avançaient, plus la rancune s’est estompée. J’avais avalée la pilule et accepté mon nouveau modèle de famille. Ma mère donnait son 110%, travaillait fort et nous élevait du mieux qu’elle pouvait… seule. En 17 ans, elle est restée seule, sans refaire sa vie. Pis moi, je la jugeais. Pourquoi vouloir rester seule? Elle était belle, autonome et assumée. Le parfait combo pour se trouver un chum VOYONS M’MAN!
Mais dans ma tête d’ado, pendant toutes ces années, je n’avais pas compris. Je n’avais pas compris quelque chose qu’elle savait très bien : apprendre à être bien seule avec soi-même, c’est le plus beau cadeau du monde.

Aujourd’hui, je vois mon enfance et le parcours de ma mère d’un oeil différent. Je l’admire d’ailleurs énormément.
Parce qu’après 15 ans de couple, elle a eu le courage de mettre fin à une relation hautement toxique et malheureuse. Malgré son travail de maman à la maison (pas très payant!), malgré le confort financier que mon père amenait dans notre foyer, malgré la malchance de ne plus avoir ses parents pour l’aider, malgré la peur de ne pas être capable d’y arriver, malgré deux enfants de 8 et 4 ans à élever… Malgré bien d’autres choses, elle s’est choisie et a eu le courage de dire « c’est fini ».
Mi-trentenaire, elle manquait de défi. À travers ses obligations familiales (et une garde complète), elle décide de poursuivre son rêve de jeunesse : devenir infirmière. Elle retourne sur les bancs d'école pour être heureuse, mais aussi pour s'assurer un avenir financier stable. Sans jamais baisser les bras et tout en étant présente au maximum auprès de nous, elle réussit haut la main les examens, stages et compagnie.

Les années passaient et elle était toujours célibataire. Clairement par choix en plus, puisqu'elle ne sortait pas beaucoup sans nous. Elle aimait jardiner, boire son café en regardant la montagne le matin et relaxer dans un spa le soir. Seule. Sa vie était parsemée d'amitiés et de plein d'enfants qui couraient sur son terrain. Mais faut croire qu'elle aimait retrouver le calme de sa maison vide, le soir, une fois les enfants endormis.
Définitivement, sur toute la ligne, elle s'est offert le plus beau cadeau du monde entier. Le cadeau que plusieurs femmes devraient s'offrir. Après avoir eu une première expérience désastreuse, elle n'a pas voulu laisser entrer personne dans le petit cocon qu'elle essayait de reconstruire dans notre maison. Elle a appris à apprécier le silence, apaprécier la liberté. Elle a su apprendre à vivre avec elle-même, prendre soin d'elle et s'aimer. Dans une ère où on enchaîne les relations une après l'autre et où la dépendance affective fait partie du quotidien de beaucoup de gens, être bien seule avec soi-même est plus qu'admirable.
Maman, je m'excuse de t'avoir jugée. Je m'excuse de t'en avoir voulu. Je t'admire d'avoir choisi ta famille et de t'être choisi toi-même. Je t'admire d'avoir su créer tout ça toute seule. Je t'aime.

Psssttt ! Envoie-ça à ton ami!

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