Rompons le silence sur les accouchements non-respectés! Partie 1/2

Rompons le silence sur les accouchements non-respectés! Partie 1/2

TW : Violence obstétricale

Dans le cadre de la Semaine mondiale pour l’accouchement respecté, nos collaboratrices ont accepté de témoigner de moments lors de leur accouchement où elles se sont senties non-respectées ou violentées. Elles relatent les évènements tels qu’elles les ont perçus. Ce texte comporte des témoignages parfois graphiques qui pourraient choquer certain.es. Aussi, puisque 97% des accouchements au Québec se déroulent en milieu hospitalier, les histoires impliquant des infirmières ou des médecins sont surreprésentées dans ce texte. C’est pourquoi nous tenons à réitérer notre solidarité envers les infirmières et le personnel soignant qui travaillent dans des conditions exécrables et dont la lourdeur des protocoles ainsi que le manque de personnel et de ressources nuisent à la pleine disponibilité.

Il est 20:19 en ce dernier jour de janvier. Je viens d’expulser mon bébé (enfin) après 36 heures d’angoisse, de menaces de césarienne répétées et de douleurs. J’ai tout donné et je regarde ce petit être contre mon sein, avec un sentiment d’irréalité.

C’est alors qu’entre un jeune homme que je n’ai jamais vu. Il avance et se positionne entre mes jambes ouvertes, devant mon vagin sanguinolent, sans me regarder. Je suis affreusement gênée. Je lui dit : « je ne me sens pas tellement à l’aise de vous rencontrer dans cette position. » Ce à quoi il me répond : « Ben, c’est mon travail, madame. » Puis, il se penche et me recoud sans ménagements.

Cette anecdote n’est qu’une des micros agressions qui parsèment le récit de naissance de ma fille. Cet homme a raison, il ne faisait « que » son travail. Rien dans son « checklist » ne lui a rappelé qu’il aurait pu s’approcher de mon visage pour me saluer avant de se mettre la face dans mon entre-jambe malmené, ni que j’étais dans un état de vulnérabilité telle que j’ai perçu son arrivée comme une agression, rien de moins.

On a tendance à traquer les histoires « à sensation » quand on parle de violences obstétricales. On oublie les petits gestes brutaux, les paroles qui tuent, l’absence d’écoute quand on essaie de décrire ce qui se passe dans notre corps. Ces manques de considérations érigés en système. Par manque de temps, de disponibilité ou d’énergie, par la rigidité des protocoles ou par ignorance souvent. Des violences ordinaires dans ce qui est, pour la femme ou la personne qui accouche, un moment extraordinaire. Des gouttes de pluie noire dans le soleil de nos mémoires.

Crédit photo : Jeremy Perkins/Unsplash

Une amie racontait qu’en attente de son transfert pour une césarienne planifiée, l’anesthésiste, en appelant la salle d’opération, n’a pas jugé nécessaire de se forcer à prononcer son nom. Elle l’a appelée « Madame J'sais-pas-trop-quoi ». Chaque année, à la naissance de son fils, la brûlure de cette remarque raciste et désobligeante – alors qu’elle allait vivre un des moments les plus intenses et anxiogènes de sa vie – revient la hanter.

Voilà pourquoi la Semaine mondiale de l’accouchement respecté nous invite à Rompre le silence! Parce que M. Fabien Simard, président de l’Association des obstétriciens gynécologues du Québec (AOGQ) a déjà affirmé que la violence obstétricale n’existe pas au Québec, malgré des témoignages répétés. Parce la parole guérit, unit, ramène la lumière. Pour toutes les femmes qui portent leurs cicatrices visibles et invisibles comme un secret honteux.

Voici donc notre collage de témoignages, avec amour et rage.

« Quand je suis arrivée à l'hôpital, les infirmières ne me croyaient pas quand je disais que j'étais en train d'accoucher. Elles ont donc suivi les étapes au rythme normal. Lorsque le médecin est arrivé dans la salle d'observation pour voir si j'allais être admise, il voyait déjà la tête. Résultat, je n'ai pas pu faire un choix pour avoir quelques chose pour la douleur, il était trop tard. »

« Je suis passé de 3 cm à 10 cm en 20 minutes. Je sentais que je devais pousser, alors je dis à l’infirmière d’aller chercher un médecin pour vérifier si je suis à 10. Elle se braque, me dit d’attendre parce que c’est impossible et attend 30 minutes avant de faire venir quelqu’un, pendant que je me tords de douleur sur le lit, en essayant d’empêcher mon corps de pousser. J’ai jamais eu mal de même de ma vie. Mon fils est né 10 minutes après l’arrivée du médecin. »

La suite des témoignages demain!

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