Tout en même temps

Crédit photo: Nine Köpfer/Unsplash Tout en même temps

Je suis une femme, en 2019, qui navigue dans un monde où l'égalité des genres n'est qu'apparence, entre #MeToo et charge mentale.

Je suis une amoureuse, une amie, une enfant, dans un quotidien au rythme effréné, qui suis devenue volatile, souvent absente, parce que je cogne des clous sur le divan à 20h30 et que je suis à la piscine le samedi matin, puis à une fête d'enfants le dimanche après-midi.

Je suis une professionnelle, dans une réalité effervescente et imprévisible, qui jongle avec les échéances et les projets d'un côté et les conjonctivites, les rhumes et les rencontres de parents de l'autre.

Je suis une maman, 24 heures sur 24, à 100 %, qui mouche des nez, patche des genoux de pantalons, fais des lunchs et répète cent fois les mêmes phrases.

Je suis tout ça, tout en même temps.

Et j'en fais toujours plus, dans ma vie où, depuis les enfants, le temps s'évapore, les minutes se dissolvent en un clin d'oeil. La maternité a rempli à ras bord mon coeur comme mon horaire et chaque jour, mes 86 400 secondes se gonflent et craquent à force d'en contenir davantage. Chaque jour, j'invente des trous dans ma banque de temps pour en faire fitter plus dedans.

Je n'ai pas le temps d'être moi, mais je n'ai pas le temps de me mettre de côté non plus. Alors je remplis les trous : je cours. J'écoute des podcasts d'espagnol. Je lis. Je fais des longueurs à la piscine. J'apprends à décorer des gâteaux. Je fais des gammes au piano. Je fais du vélo. J'écris.

Je fais tout ça, tout en même temps.

Et je suis fatiguée. Évidemment. Plus fatiguée aujourd'hui qu'à l'époque où mon sommeil suivait le rythme des réveils nocturnes d'un nouveau-né. Des fois, je me remets en question. Pourquoi je suis là à écrire au lieu d'aller me coucher? 

Mais je sais que l'essentiel de la vie, c'est dans le superflu qu'il est. Pas dans les obligations. Pas dans le paiement de l'hypothèque, pas dans le désherbage des plates-bandes, pas dans l'élaboration de la liste d'épicerie le jeudi soir.

Je fais tout ça parce que je n'ai pas le temps. Parce que les activités et les sorties des enfants vont prendre de plus en plus de place au fil des années et que je vais continuer à ne pas avoir le temps. Et je ne peux pas attendre jusque-là — je ne veux pas m'oublier jusque-là.

Alors je continue. À être, à faire, à être fatiguée. Tout en même temps. Je ne m'imagine pas autrement.

Crédit : David Hofmann/Unsplash

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