Donner la vie et accompagner vers la mort: un doux parallèle

Crédit photo: Unsplash Donner la vie et accompagner vers la mort: un doux parallèle

Mettre un enfant au monde est un événement inoubliable, un privilège, une sensation de puissance, un tourbillon d’émotions. Et, à l'opposer, accompagner une personne chère vers la mort présente de grandes similitudes que j’ai eu le privilège de constater lorsque mon papi nous a quittés.

Lors d’un accouchement, il y a plusieurs phases qui sont, dans la plupart des cas, similaires. On sait approximativement la date prévue; c’est une question de mois, de semaines, puis le grand jour arrive et le travail commence. On se rend à l’hôpital, on se demande si on va arriver à temps, on a peur, notre cœur s’emballe, on est anxieux. À notre arrivée, le personnel soignant nous guide, nous donne des informations et nous explique que pour chaque femme, c’est une expérience différente. Les heures passent et on traverse une gamme d’émotion: fous rires, crise de larmes, stress, souffrance, attente, peur, excitation. Puis, le moment est venu, celui de donner la vie, celui où notre enfant arrive dans ce monde. Tout parent se souvient de la force de ce moment, de cet amour incroyable que l’on ressent instantanément. De ce mélange entre soulagement, épuisement, joie et amour.

Je n’aurais jamais imaginé faire un parallèle entre donner la vie à mes enfants et accompagner mon grand-père en fin de vie.

Voyez-vous, mon papi était un homme fort que je croyais à l’épreuve de tout, même de sa « foutue » maladie, l’Alzheimer. Cette fameuse journée où l’infirmière en soins palliatifs nous a contactés, j’ai quitté le travail. C’était le moment que j’appréhendais, celui de me rendre à ses côtés pour les derniers instants de sa vie. Durant mon trajet, je me suis demandé si j’allais arriver à temps, j’ai eu peur, mon cœur s’est emballé, j’étais anxieuse. Je pensais à lui, à son bien-être, à l’homme incroyable qu’il était.

À mon arrivée, cet homme grand et fort autrefois, nous attendait, fragile, endormi et inconscient. Le personnel soignant nous a guidés; on nous a donné des informations et accompagnés dans ce processus que l’on redoutait depuis longtemps. On nous a expliqué que pour chaque personne, c’est une expérience différente. Le temps semblait s’être arrêté, mais pourtant, nous aurons passé plus de 5h à ses côtés, heures pendant lesquelles ses yeux sont restés fermés paisiblement.

En cette douce journée ensoleillée, on a pleuré, on s'est remémoré des souvenirs, on a ris, on a espéré, on l’a accompagné. Le moment est venu, le moment du passage vers la mort, le moment où notre pilier quitte ce monde, le moment de son dernier souffle. Nous étions là, à ses côtés, je lui flattais les cheveux tandis que mon frère lui caressait le bras. On lui parlait doucement, puis on l’a laissé partir en paix.

Je n’oublierai jamais l’heure de la naissance de mes enfants ni celle du départ de mon grand-père. Ce fut pour moi un moment tout aussi puissant et privilégié de l’accompagner et d’être auprès de lui à ce moment précis. En fait, cette façon de voir son départ m’a soulagée; elle m’a permis de garder un souvenir beau et doux de ce moment pourtant si triste et douloureux.

Merci papi de m’avoir accordé ce doux moment et de veiller sur mes enfants.

CRÉDIT PHOTO: Mélissa Dupras

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