J’ai été une enfant choyée et aimée. Par mon statut d’aînée de la famille et par les événements que nous avons traversés, j’ai aussi été responsable et autonome à un âge très précoce. J’ai été le deuxième parent de mes jeunes frères ainsi que la béquille parentale et émotionnelle de ma mère monoparentale.

Ma mère était très prise par le fait qu’il n’y avait jamais assez d’heures dans une journée pour arriver à tout faire. Je n’ose imaginer l’importance de sa charge mentale, et je l’ai aidée du mieux que je pouvais. J’effectuais régulièrement les tâches qui incombent aux parents dans leur routine quotidienne : repas, devoirs, bain, etc. J’ai été une adolescente solitaire dans une maison toujours pleine de bruits et d’enfants. 

Parce que ma maman n’avait que très peu de temps pour écouter mes problèmes. Sa réponse toute faite à chacune de mes ouvertures était : « Laisse faire, ça va passer », dite entre le brassage de la sauce à spaghetti et l’élaboration des lunchs du lendemain. Je sentais souvent que son oreille n’était pas entièrement disponible pour ces quelques minutes où je réclamais un peu de sa sagesse. Petit à petit, mes confidences se sont faites rares, puis inexistantes. Je me suis mise à tout garder pour moi, avec au cœur l’espoir que « ça allait finir par passer ». On dit que le temps guérit bien les choses, et sur ce point elle avait raison. Mais d’avoir la chance de dire ce qu’on ressent, de se sentir écoutée, ça aide à rétablir les faits et à retrouver la tranquillité.

Aujourd’hui encore, j’ai beaucoup de difficulté à mettre des mots clairs sur mes émotions, à le dire quand ça ne va pas. J’ai sans cesse cette impression de déranger l’autre, ce qui fait que je demeure très secrète et réservée. Certes, il y a une immense part de ma personnalité dans tout cela. Mais j’ai parfois le sentiment que – peut-être – une plus grande écoute de mes petits problèmes d’enfant m’aurait outillée différemment pour gérer mes problèmes d’adulte.

Je ne lui en veux pas. Je ne peux pas juger sa situation, car ma vie de mère me paraît plus légère que la sienne. Je n’ai jamais mis en doute son amour pour moi. Elle a toujours veillé à ce qu’on ne manque de rien, à grands coups de sacrifices en temps et en énergie. Seulement, j’aurais aimé la considérer aussi comme une confidente, pas seulement comme une mère. Malheureusement, cela n’a jamais été le cas, même maintenant que je suis adulte.

Aujourd’hui, c’est à mon tour d’être parent et d’avoir des journées mouvementées et surchargées. Mon enfant me parle souvent de ses petites chicanes, de ses émotions contradictoires et des tracas dus à son travail scolaire. Pour être 100% honnête, je trouve parfois cela un peu lassant, comparé à la gestion de mon quotidien. Mais je me rappelle comment je percevais ma mère étrangère aux peines de mon cœur. Je me dis que la lourdeur du problème ne compte pas vraiment. Ce qui importe, c’est que mon enfant ne se sent pas bien. Et qu’il a assez confiance en mon rôle et mon jugement pour s’ouvrir à moi.

Comment puis-je espérer être présente pour ses tourments majeurs si je ne suis pas là pour ses chicanes de cours d’école?

Alors, j’écoute du mieux que je peux, malgré ma fatigue et mes propres problèmes. Des fois, je n’ai pas de conseil, mais un simple câlin à la fin de son histoire apaise son cœur triste. Il m’est aussi arrivé de lui dire : « Laisse faire, ça va passer », parce que je ne suis pas parfaite et que c’est tout de même un conseil pas si mauvais que ça dans certaines circonstances. Je crois que c’est davantage ma présence que les mots employés qui bâtiront notre confiance mutuelle.

J’en ferai moi aussi, des erreurs; probablement une tonne. Mon enfant aura sûrement quelques regrets face à notre relation. Je veux malgré tout qu’il sente qu’il peut me confier n’importe quoi. Je peux aussi être sa confidente et son amie, s’il le désire.  

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