Mon angoisse récurrente: Lorsque je me noie dans la peur

Crédit photo: Unsplash

Depuis quelques mois déjà, une insidieuse, intolérable et perpétuelle angoisse me torture. Elle me visite dans les moments les plus inattendus, et surtout, pendant les moments de relaxation que je m’accorde. Elle est mon bourreau : elle ne me permet aucun repos, même pas la nuit. Cette angoisse m’apparaît parfois en image comme un flash, d’autres fois en rêves.

L’image la plus fréquente que l’angoisse m’impose - celle qui prend le contrôle de mes pensées - est terrifiante. Elle se présente toujours au même moment : chaque jour, je traverse un pont pour déposer mes enfants à la garderie. Puis, à peine engagée sur ce pont, mon cœur se serre et je retiens mon souffle. Le trajet du pont ne dure que 30 secondes, mais l’enfer dans lequel les images me plongent semble durer une éternité. Je vois une voiture dans le sens inverse qui se dirige directement sur la nôtre, elle nous happe, et l’impact nous projette dans la rivière. Je me détache, j’enlève mon manteau et mes bottes pour mieux nager, j’essaie de détacher mes enfants, je commence par mon fils, je le déshabille, j’essaie de faire la même chose avec ma fille, mais l’auto s’enfonce dans l’eau rapidement, je sens la panique monter en moi comme l’eau dans l’auto, je réussis finalement à sortir ma fille de son siège, je n’ai pas le temps de la déshabiller, j’essaie d’ouvrir la porte, mais la pression est trop forte, je prends l’appui-tête de mon siège, j’inspire profondément et je brise la fenêtre avec l’appui-tête, le courant est fort, très fort, je déploie tous mes efforts pour le combattre, mais mes mains et mes bras doivent retenir mes enfants, mes bébés, alors je bats des pieds pour rejoindre la surface… Et le son d’une aspiration rauque me ramène à moi-même, telle une gifle retentissante. J’arrive à la garderie, physiquement affaiblie par cette angoisse.

J’ignore pourquoi cette image est récurrente. J’ai traversé ce pont des centaines de fois dans ma vie et je n’ai jamais eu de telles pensées. Chaque jour, la fin de ce scénario est différente. Des fois, je réussis à sortir de l’eau avec mes deux enfants. D’autres fois, personne ne remonte à la surface.

Cependant, hier soir, j’ai compris. Je n’ai pas peur du pont ni de l’eau, mais de ne plus avoir la capacité de subvenir aux besoins de mes enfants.

 

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