Toi, ma fille que j’ai laissé partir

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Quand on a su que tu étais peut-être atteinte de la trisomie 21, papa et moi avons commencé à avoir peur. Peur de te perdre, peur d’avoir à prendre une décision déchirante, peur de ce que serait notre vie si nous décidions de t’accueillir, peur de ce que serait la vie de tes sœurs, peur des difficultés que nous allions rencontrer, peur que nous mourrions avant toi, peur de qui alors s’occuperait de toi. Tant de questions sans réponse.

On a continué à penser jusqu’à ce que le médecin nous confirme que toi, mon bébé, tu étais réellement atteinte de cette condition chromosomique. Il fallait donc prendre une décision : te garder ou te laisser partir. J’aurais tant voulu ne pas avoir à affronter cette épreuve dans ma vie. Je ne la souhaiterais même pas à mon pire ennemi. Mais il fallait trancher.

On a pensé à tous les aspects. On a pesé les pour et les contre.

Te garder signifie que nous devrions probablement passer une bonne partie de ta vie dans les hôpitaux, à rencontrer tous les spécialistes possibles. Nécessairement au détriment de tes sœurs. Est-ce que l’amour de papa et de maman pourra passer au travers de cette épreuve? Qui va s’occuper de toi lorsque nous allons mourir? S’occuper de toi sera un travail à temps plein. Cette tâche ne revient pas à tes sœurs. Cela n’est pas leur choix de te garder.

Te laisser partir signifie mettre un terme à ton existence, toi qui grandis en moi, qui es pleine de vie. Ça signifie aussi une vie sans souffrance. Te laisser partir signifie égoïstement de ne pas changer le cours des choses.

Comme je me trompais.

J’avais l’impression de jouer à la roulette russe. Tes besoins étaient tellement indéfinissables. Peu importe le choix que nous allions faire, notre vie ne serait plus jamais la même. Qu’est-ce qui aurait le moins d’impacts à long terme? Nous avons alors su que de te laisser partir était la chose à faire. On a pleuré. Longtemps.

Le jour de ta naissance est alors arrivé. Je t’ai accouchée dans le plus grand des silences. On t’a déposée sur moi emmaillotée dans une petite couverture. J’ai voulu prendre ta petite main, mais tu n’avais déjà plus de vie. Je me suis excusée. J’espère que tu n’auras pas souffert. Que tu ne m’en veux pas d’avoir fait ce choix.

Je ne sais pas ce qui m’attend après ma mort, mais s’il y a la moindre chance que je puisse te revoir un jour, je te bercerai pour l’éternité. Toi, mon étoile filante. Je t’aime.

 

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