La COVID-19 dans les régions du Québec: Une chasse aux sorcières?

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J’habite en région, dans un petit village de presque 2000 habitants, pour être plus exacte. On ne se connaît pas tous, mais on réussit toujours à retracer un lien de famille avec quelqu’un pour le situer. Je n’ai souvent qu’à nommer le nom de ma mère ou de mon père pour qu’on me reconnaisse. J’adore vivre en région ou, du moins, j’adore y vivre lorsque nous ne sommes pas en pleine épidémie.

Malheureusement, ce que vous voyez dans les films québécois d’époque : un petit village où tout le monde se connaît et chacun y fait des messes basses, c’est encore d’actualité encore aujourd’hui. Avec l’épidémie de la COVID-19, la situation a simplement dégénéré. Chaque jour, nous avons accès au nombre de personnes infectées sur notre territoire et les gens sont très concentrés sur ce chiffre qui augmente. Ils se demandent qui sont ces personnes, ont-ils été en contact avec l’un d’entre eux, est-ce qu’il y a plus de voitures dans le stationnement du voisin que d’habitude? C’est devenu une chasse aux sorcières version 2020.

Comme plusieurs municipalités, nous avons une page Facebook de notre village. La semaine dernière, un « charmant » monsieur mentionnait que son « innocent » de voisin avait de la visite chez lui et qu’il demeurait sur telle rue. La publication a atteint 73 commentaires. J’ai préparé mon sac de popcorn et je les ai tous lus. Plusieurs lui conseillaient d’appeler le 911 pour dénoncer le rassemblement, certains ont fait des ajustements et précisé de téléphoner au *4141. Il y avait des « bons samaritains » qui demandaient l’adresse exacte en privé pour dénoncer la situation aux autorités, si l'auteur de la publication ne le faisait pas. Le « coupable » est venu s’expliquer sur la publication puisqu’on l’avait tagué : son frère est venu le voir, car celui-ci avait beaucoup de difficulté à gérer cette situation. Ça s'est terminé en une énorme chicane entre les voisins sur les réseaux sociaux.

L’autre jour, à la pharmacie, mon conjoint a été témoin d’une scène inacceptable. Une dame prenait des nouvelles d’un homme en lui demandant comment son père allait puisqu’il a attrapé le virus. Cette « charmante » dame a précisé à la pharmacienne, à la caissière et aux gens de la file d’attente que le papa de ce monsieur était infecté par la COVID-19. Immédiatement, le regard sur cet homme a changé, les gens se tenaient plus à l’écart et le dévisageaient. Le mal était déjà fait; sa famille et lui vont toujours avoir cette épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes. Moins de 48 heures plus tard, sur la page Facebook de mon village, une autre dame a demandé s’il y avait des cas dans le village, car elle avait entendu une rumeur. Certains ont confirmé cette rumeur, mais heureusement, personne n’a nommé de nom. Plusieurs lui ont rappelé que personne n’est à l’abri de ce virus et que l’important était de se laver les mains pour éviter la contamination.

Nous avons tendance à croire que nous ne serons pas touchés par ce virus, parce que nous sommes en région. C’est complètement faux, nous avons les mêmes risques. Le problème est que la panique se crée facilement et rapidement sur les petits territoires, parce qu'on croit tellement que ça ne peut pas nous arriver, à nous. On ressent un besoin de pointer quelqu’un du doigt, de mettre la faute sur quelqu’un pour mieux accepter la situation. Continuer ainsi n’aidera personne. Il faut se rappeler que lorsque toute cette histoire sera terminée, les gens qu’on veut dénoncer ou à qui on veut faire porter le blâme vont rester nos voisins, notre famille et nos amis.

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