Mes pensées pour nos aînés et leurs familles alors que les CHSLD vivent un cauchemar

Crédit photo: Bruno Martins/ Unsplash

Pendant son entrevue à Tout le monde en parle le 3 mai dernier, la Dre Joanne Liu a fait un commentaire touchant sur la condition humaine parce que malgré l’ampleur de la crise actuelle dans nos CHSLD, elle est sidérée que des gens puissent mourir seuls: « L’humain ne peut pas supporter cela ». Voici le lien pour visionner son entrevue. Lorsqu’elle a prononcé ces mots, j’ai entendu la voix de mon grand-père alors qu’il répétait toujours que le pire dans la vieillesse, c’était l’ennui.

J’ai un grand respect et beaucoup d’affection pour les personnes âgées. J’ai toujours apprécié me laisser bercer par leurs histoires. J’ai le sentiment qu’ils possèdent une force invisible hors du commun. Nos aînés sont, selon moi, les représentants d’une valeur essentielle pour nos enfants; le respect.

Mon grand-père a habité dans un centre pour personnes semi-autonomes pendant quelque temps. Je lui ai fait de nombreuses visites. J’allais réviser mes notes de cours pendant qu’il donnait des biscuits Social Tea à mon petit chien. On buvait une « petite liqueur » ensemble. À toutes les visites, il me répétait: « ce n’est pas drôle être vieux, je m’ennuie. »

Il avait une conjointe qui vivait dans un CHSLD tout près. Tous les matins à 7h, il m’appelait pour me dire que son taxi (qui devait arriver à 7h) pour l’amener en visite chez son amie était en retard. Évidemment, le taxi arrivait et il attendait le chauffeur avec une brique et un fanal, mais ça, c’est une autre histoire. Bref, tous les jours, il rendait visite à cette dame avec qui il avait partagé une grande partie de sa vie.

Plusieurs mois plus tard, il a été transféré dans le même hôpital que son amie. Il était atteint d’un cancer des intestins. Sa qualité de vie en était grandement affectée. Ce n’était pas la douleur de son corps ou bien la perte de son autonomie qui lui faisait le plus de mal, c’était l’ennui. Il s’ennuyait.

Au mois d’août 2012, il nous a quittés des suites de son cancer. J’ai pu lui embrasser la main et lui dire que je l’aimais avant que sa condition ne se détériore. Il avait pu faire part de ses dernières inquiétudes à ses enfants avant de partir.

Je n’ose pas m’imaginer à quel point il aurait été malheureux pendant cette période d’isolation. Sans moi, sans sa famille, sans son amie, sans le chauffeur de taxi; il aurait peut-être jeté la serviette et abandonné le combat plus tôt.  

Je n’ose pas m’imaginer le laisser partir sans lui avoir dit « je t’aime, grand-père ». Je n’ose pas m’imaginer traverser ce deuil sans cette amie, qui elle aussi vivait une grande perte, avec qui j’ai partagé peines et souvenirs à travers une (ou deux) bouteille de blanc.  

Je comprends que nous devions protéger nos aînés. Je comprends aussi que cela doit être émotionnellement très difficile de vivre un deuil dans la solitude. Je vous souhaite de tout cœur que cette étape amère de votre vie soit adoucie rapidement. Les CHSLD vivent présentement un véritable cauchemar; j'espère de tout coeur que des actions concrètes seront mises en place pour que nos aînés vivent la vie qu'ils méritent, dans la dignité. Parce qu'en ce moment, il y a pire que l'ennui dans la vieillesse.

 

NDLR: Au moment d'écrire ces lignes, le gouvernement avait annoncé que « certains assouplissements pour les usagers des résidences pour aînés » prendraient effet aujourd'hui, soit le 11 mai 2020. Parmi ces assouplissements, on apprend que la présence des proches aidants, selon le respect de conditions d'hygiène strictes, sera facilitée afin qu'ils puissent offrir du soutien dans les CHSLD, en ressource intermédiaire et de type familial (RI-RTF) ou en résidence privée pour aînés (RPA). Pour connaître tous les détails de ces assouplissements, visitez le site du gouvernement du Québec.

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