Vendredi 13 mars 2020, 13h. Comme mes collègues, je viens d’apprendre la nouvelle : les écoles et les garderies seront fermées pour les deux prochaines semaines. C'était il y a déjà deux mois. Les deux premières semaines sont passées en une fraction de seconde. Pensant que c’était temporaire, je ne voyais pas la potentielle lourdeur de la chose. Je faisais de mon mieux, comme maman à la maison et comme employée en télétravail, et mon mieux me convenait.

Mais avec les annonces de fermetures prolongées et les dossiers de travail qui se sont multipliés, j’ai frappé un mur. Je faisais de mon mieux, comme maman à la maison et comme employée en télétravail, mais mon mieux ne me convenait plus. J’avais le sentiment que plusieurs partagent : la culpabilité. De ne pas être assez présente pour ma fille, de ne pas être assez présente pour mes collègues.

Après un mois, la routine s’est installée. J’ai appris qu’une journée contient beaucoup plus d’heures que je pensais, qu’il suffisait de bien exploiter mes 16h d’éveil pour donner un rendement qui, à mes yeux, serait satisfaisant. Heureusement, j’ai la chance d’avoir une cocotte qui fait de belles siestes d’après-midi et qui, en général, aime bien jouer seule avec maman pas loin.

Deux mois sont passés, et on s’est bien adaptés. Mes yeux sont plus fatigués. Probablement parce que la première chose que je fais le matin, après avoir servi le déjeuner à ma fille, c’est ouvrir mon ordinateur de travail. Et que c’est une des dernières choses que je fais le soir avant de me coucher. Mais physiquement, je ne me rappelle pas avoir eu autant d’énergie depuis mon congé de maternité. En fait, je ne me souviens pas d’avoir été à la fois aussi énergique et exténuée. C’est un sentiment étrange…!

Malgré les heures de travail cumulées entre les milliers de fous rires, de cachettes, de montagnes de blocs et de promenades au grand air, c'est la première fois en un an et demi que j'ai autant l'occasion de profiter de la vie avec ma fille. C'est entre autres grâce à mes collègues et patrons compréhensifs que c'est possible et je me compte chanceuse dans tout ça.

Mon 3h de travail du matin (dès 6h30) est récompensé par pratiquement 3h de jeux, de soleil et de pique-nique sur le balcon. Puis, mon 3h de travail d’après-midi est récompensé par un doux moment dans la cuisine à faire des biscuits avec ma fille, ou un énième dessin. La dernière heure est dispersée en appels que je peux faire de dehors en poussette ou tout en poussant la balançoire, ou le soir quand la maisonnée dort. On profite aussi des heures de pause pour faire des tâches ménagères, un atout pour une fin de semaine sans obligation.

Oui, j’ai des mauvaises journées. Des journées grises, où rien ne va. Des journées moroses, à compter les heures avant de pouvoir me recoucher. Mais des mauvaises journées, j’en ai aussi dans la « vraie » vie, comme tout le monde. Des soirs de céréales ou de toasts au beurre d’arachides, ça existait avant le confinement aussi, alors que j’étais épuisée par la course lever-CPE-boulot-CPE-souper-dodo. Le sentiment de ne pas être à la hauteur comme mère, ça m’arrivait avant aussi. Et ça arrivera après aussi.

Mais le fait d’avoir ma fille à mes côtés en tout temps et de la voir grandir à son rythme (tout en ayant un travail de 35h), ça, ça n’arrivera probablement pas souvent. Alors j’en profite. Et elle aussi. (Et si vous n'aimez pas votre nouvelle réalité, c'est correct aussi! Tout le monde n'a pas la chance d'avoir des employeurs compréhensifs et flexibles, ou un emploi tout court. Chaque réalité est différente, je ne peux que parler de la mienne.)

Vous avez une histoire à partager? Écrivez-nous au info@tplmag.com

Plus de contenu