J'aime voyager. J'ai en permanence une liste de destinations en tête et je suis toujours un peu contente de revenir d'un voyage parce que ça veut dire que je peux commencer à préparer le suivant. Pour 2020, j'avais mis de côté ma soif de dépaysement pour offrir aux enfants un voyage qui leur ferait plaisir, à eux, avant tout. Pas d'escapade au bout du monde pour voir des temples, des jardins et des musées et manger de la nourriture exotique. Non : en 2020, nous irions à Walt Disney World.
 
Nos vacances avaient été approuvées, j'avais réservé un hôtel sur le site et trouvé de bons vols à bon prix. J'avais lu attentivement The Unofficial Guide to Walt Disney World. J'avais commencé à crinquer les enfants en leur montrant des vidéos sur YouTube : manèges, feux d'artifice, parade, hôtel, TOUT. L'excitation commençait à les gagner.
 
Puis, la COVID-19 est débarquée.
 
J'avais aussi une fin de semaine de camping prévue à la fin juin. Ironiquement, au début du confinement, c'est elle que j'imaginais tomber à l'eau. Mon voyage à Disney, en août, ne me semblait pas menacé. Mais le temps a passé. Les voyages ont été déconseillés. Les frontières se sont fermées. Sans rien dire, j'ai cessé de faire jouer des vidéos sur YouTube pour les enfants. La quarantaine a été rendue obligatoire au Canada. Le nombre de cas de COVID-19 aux États-Unis a explosé. Plus récemment, Disney a annoncé une réouverture assortie d'une série de conditions qui, bien qu'elles soient raisonnables dans les circonstances, donnent bien peu envie d'aller y flamber des milliers de dollars.
 
Il y a des choses dans la vie qui me tentaient plus qu'annoncer à de jeunes enfants l'annulation d'un voyage à Disney. Disons que j'anticipais un peu. Je ne prévoyais pas nécessairement un drame, mais je me disais que la déception serait amère. Il y aurait du chialage, des protestations.
 
Eh bien, non. Du tout. Coco et Bout d'Chou sont restés silencieux, l'air surpris, quand je leur ai dis qu'on ne pourrait sans doute pas aller à Disney cette année. J'ai enchaîné avec la phrase : « On verra si on peut y aller l'année prochaine. » Ils se sont exclamés « Oui! », puis ils ont quitté la pièce pour aller jouer, pendant que mon cerveau déstabilisé essayait de comprendre ce qui venait de se passer. Leur quotidien avait-il tant été viré à l'envers qu'aucun changement supplémentaire ne pouvait les toucher? Sans les vidéos, l'idée du voyage avait-elle dérivé dans leur esprit au point de n'être plus qu'une abstraction lointaine?
 
J'ai attendu, au cas où la réalité de l'annulation les frapperait à retardement. J'ai passé des jours, puis des semaines, à l'affût des premières lamentations. Mais mis à part un ou deux soupirs, ce fut le calme plat. Manifestement, mes enfants sont d'une zénitude absolue. Alors que du haut de mes 36 ans, je continue malgré moi de caresser le fol espoir d'un miracle, eux ont simplement haussé les épaules avant de passer à autre chose.
 
Finalement, nous sommes allés en camping la semaine dernière, comme prévu. Ça m'a rappelé que j'étais tellement occupée à dresser la liste des pays étrangers que je voulais voir que je n'ai jamais pris le temps de visiter ma province. Alors, j'ai changé le plan. J'ai réservé des chalets et cet été, nous partirons à la découverte du Québec. J'ai vraiment hâte. Coco et Bout d'Chou aussi. Je me croise les doigts pour que ce voyage-là demeure possible, mais au moins, dans le cas contraire, je sais déjà que je n'aurai pas à m'en faire avec la réaction des enfants.
 
 
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