La saison des Perséides vient de se terminer. J’ai passé deux nuits à scruter le ciel pour les voir scintiller. Je repense aux vœux que j’ai formulés, allongée dans mon lit. Et je perds mes eaux. J’anticipais ce moment depuis le début. L’excitation et la joie. Le pas pressé vers la maison de naissance entre une joke poche de mon chum et deux contractions. Pourtant, à ce moment-là, c’est la peur et l’angoisse qui m’envahissent. Il est trop tôt. 18 semaines trop tôt. Et je suis seule.

Je ne sais même pas comment j’ai réussi à faire le trajet jusqu’à l’hôpital. 15 minutes de conduite en mode pilote automatique. Les urgences me placent immédiatement en salle d’examen. Je retiens mon souffle, comme si ça allait changer quoi que ce soit.  Le médecin d’urgence m’ausculte. Met le gel bleu toujours froid sur mon petit ventre rebondi. J’attends. Il dépose la sonde et ferme l’écran.

« Ce que je vois… c’est votre bébé sans eau amniotique. Son petit cœur bat encore, mais très faiblement. Je suis désolé. »

Un gouffre. Je tombe dans un gouffre d’incompréhension. Il y a deux jours, il allait bien. Je le sentais bouger. Maintenant, il est en détresse. Et je le suis aussi. On me monte en échographie où la radiologiste me confirme ce que le médecin d’urgence craignait. Les chances de survie ne sont pas au rendez-vous. Le pronostic n’est pas celui que je veux entendre.

Je dois te dieu adieu, sans t’avoir pris dans mes bras une seule fois. Sans que ton père puisse te rencontrer et t’aimer, comme il sait si bien aimer.

Comme les Perséides. Tu es passé dans ma vie, l’espace d’une seconde, pour la marquer à jamais. S’en sont suivi une profonde noirceur et un vide immense. 14 semaines auront été le seul temps passé avec toi. Une si petite vie. Un si grand impact. Maintenant, je suis seule. Vide. Perdue.

Je disparais un peu plus chaque jour. Disparais un peu plus derrière chaque faux sourire pour ne pas inquiéter l’entourage. Oui, oui, ça va mieux. Oui, oui, ça va passer. Oui, oui, on réessaiera. La vérité, c’est que non, ça va pas et que non, ça ne passe pas. Ça passe mal. Et je suis seule.

Seule avec cette peine immense qui me ronge le cœur. Tourbillonnant dans le brouhaha du quotidien où j’ai juste envie de m’effondrer. M’effondrer à chaque chanson qui me fait penser à ton absence. Mais je ne peux pas dire toute cette douleur qui me donne le vertige. Toute la douleur, l’incertitude, les craintes et le désir de partir qui m’envahissent.

Comment expliquer que je t’aime infiniment et que ce deuil est trop lourd pour moi? Trop lourd à porter seule. Que j’aurais aimé que tu m’emportes avec toi. J’aimerais te prendre dans mes bras, une fois. Une toute petite fois. Je te vois partout dans mon quotidien. Et tout me ramène face à mon impuissance à te donner naissance.

Il y aura des jours meilleurs, semble-t-il. Comme les Perséides qui reviendront certainement.

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