D'abord, je ne suis pas pro-allaitement ni anti lait commercial. Je suis pro-choix. Je pense que l'important pour chaque nouvelle maman est d'être en harmonie avec ce qui est le mieux pour elle et c'est à l'entourage de supporter et de respecter ce choix. Il faut aussi se rappeler que chaque réalité est différente.

De mon côté, je n'ai pas réussi mon allaitement. J'ai tenté pendant 6 mois d'installer un allaitement qui s'est terminé avec quelques regrets et plusieurs déceptions. 
 
J'ai eu des jumeaux. Le défi est double pour l'allaitement. Ils sont nés par césarienne. Semble-t-il qu'un accouchement par voie basse est plus favorable pour démarrer l'allaitement. Ils sont aussi nés prématurément. Ils ont été nourris par tube de gavage pendant leur hospitalisation, les premières mises au sein concluantes et nutritives ont eu lieu 5 à 6 semaines après leur naissance. On dit aussi que le peau à peau à la naissance et durant les premiers moments favorise la production. Dans mon cas, j'ai pu faire ma première séance de peau à peau environ 12 heures après leur naissance et par la suite, il a fallu que j'attende trois autres jours avant qu'on m'autorise à sortir mes garçons de leur incubateur. Je n'ai donc jamais eu de montée laiteuse, mais j'ai côtoyé monsieur le Tire-Lait 8 à 10 fois par jour pendant près de deux mois. Grâce à cet acharnement, j'ai réussi à me faire une petite réserve de ce précieux liquide dans mon congélateur. C'était de bon augure malgré tout. 
 
J'avais beaucoup de volonté. J'étais informée sur l'allaitement. J'avais du support: un chum qui m'encourageait, une marraine d'allaitement toujours disponible au bout du fil, une conseillère en lactation présente en néonatalité pour les mamans de bébés prématurés. J'avais aussi constamment en tête combien le lait maternel est bon pour la santé des bébés prématurés... bien sûr, le lait maternel est bénéfique pour tous les bébés, mais j'avais cette pression que mes garçons étaient fragiles et que le lait maternel était encore plus important pour eux. 
 
Vers la fin de l'hospitalisation de mes garçons, soit vers ma date prévue d'accouchement, j'avais réussi à allaiter les trois quarts du temps. Le reste du temps, on offrait un biberon de lait maternel enrichi de calories pour permettre une meilleure prise de poids. C'était la recommandation du médecin: trois allaitements, un biberon. Cet allaitement mixte, un peu imposé, me convenait quand même. D'ailleurs, on avait tellement de pression à ce qu'ils prennent suffisamment de poids. Je me souviens qu'un de mes bébés avait beaucoup de difficulté avec sa prise, alors pour lui faciliter la tâche, j'ai utilisé une téterelle. J'ai encore l'image de moi, en pleine salle de néonat où l'intimité était quasi absente, en train de m'installer plus ou moins habilement avec mon coussin double d'allaitement, de placer mes jumeaux en faisant attention à tous les fils qui les reliaient aux moniteurs tout en essayant de positionner la téterelle. C'était à tous les coups toute une gymnastique. 
 
Après 7 semaines d'hospitalisation, nous sommes rentrés à la maison. La poussière de ce tourbillon que nous venions de vivre commençait à retomber. J'avais été sur un rush d'adrénaline tout ce temps. J'avais vécu des montagnes russes d'émotions. Et c'est seulement de retour à la maison que j'ai ressenti les contrecoups de ce que je pense avoir été un choc post-traumatique. 
 
Vers la fin avril, mes petits garçons ont commencé une des fameuses poussées de croissance. Malheureusement, cette poussée de croissance est arrivée pile au moment où mon énergie était au plus bas. Ma production avait beaucoup stagné, alors que leurs besoins étaient grandissants. La réserve que j'avais dans mon congélateur s'était vidée. Je ne sais pas pourquoi, mais la médication et les produits naturels n'ont eu aucun impact sur ma production, malgré que je continuais de tirer mon lait après chaque allaitement. J'ai aussi l'impression que mon retour de couches a fait chuter ma production. 
 
Bref, j'avais un énorme sentiment de culpabilité et un sentiment d'échec. Ces pensées étaient envahissantes et ont sans doute nui à mon allaitement. J'ai persévéré un ou deux mois avant de m'avouer vaincue. J'avais besoin de me préserver et je sentais que de m'acharner davantage causerait plus de tort que de bien. C'est à ce moment-là que j'ai choisi d'être en harmonie avec ma transition... J'allais me tourner vers la préparation commerciale. 
 
En tout, ma courte histoire d'allaitement aura duré six mois. J'étais à mi-chemin de mon objectif initial. Avec le recul, je sais que les conditions n'ont pas été optimales afin que mon allaitement soit une réussite. Je ressens encore parfois un peu de regrets et de déceptions face aux difficultés rencontrées... J'aurais aimé que bien des choses se passent différemment. Mais aujourd'hui, mes jumeaux sont rendus à 18 mois et sont en pleine forme. Je ne pourrais espérer mieux. 
 
Toutes les nouvelles mamans veulent offrir le meilleur à leur bébé, mais on ne doit pas oublier d'être indulgentes et douces envers nous-mêmes. 
 
Pour terminer, je tiens à nommer quelques petites situations auxquelles j'ai été confrontée et qui m'ont marquée. Peut-être avez-vous, vous aussi, vécu des histoires similaires...
 
Au CLSC, je devais donner un biberon avant notre rendez-vous. Je demande à la réceptionniste à quel endroit je peux m'installer. Elle m'envoie dans la salle d'allaitement, ou plutôt dans le cubicule d'allaitement. Je m'installe avec mon bébé et pendant que je lui donne son biberon, je ne peux faire autrement que de me sentir fautive quand je lis les affiches aux murs : l'allaitement permet d'avoir un bébé en meilleure santél'allaitement diminue le risque de cancer du sein chez la femmel'allaitement permet de créer un lien particulier avec votre bébé
 
À l'époque où j'allaitais à la demande, j'ai reçu d'innombrables commentaires venant d'un membre de la famille. « Oh mon dieu, je ne sais pas comment tu fais! Ils viennent de boire et déjà ils boivent encore, ouffff! » « Tu es courageuse, je ne sais pas comment je ferais. » Chaque fois que je recevais ces commentaires, j'étais encore plus découragée de la situation que je trouvais déjà difficile.
 
Enfin, sur les groupes Facebook de mamans, particulièrement sur les groupes reliés à l'allaitement, j'ai parfois lu des commentaires remplis de jugements sur les mamans qui offrent la préparation. Récemment, une maman comparait la préparation commerciale à du poison. Je suis si déçue que des mamans aient ce genre de réflexions publiques alors que nous devrions nous soutenir et respecter les choix de chacune.
 
Avez-vous choisi d'allaiter? Comment ça s'est passé?

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