Chère madame qui croit que j’ai l’air trop jeune pour être maman,

Peut-être ne vous souvenez-vous pas de moi,  on s’est croisé il y a quelques années.  Rapidement, quelques secondes en fait, le temps d’un échange entre deux rangées de cadres chez Winners.  Une rencontre anodine.

J’avais 25 ans et une 11 mois assise au fond d’un panier, je cherchais une lampe pour sa chambre.  

- « Mon dieu!!!!  Mais t’es ben TROP jeune pour avoir un enfant!!!! » (Yeux méchants)

- « ... »

- « T’as quel âge? »

J’ai menti que j’avais 26 ans.  Je crois que j’ai ressenti le besoin d’être l’autre côté du 5 de 25, c’est fou!  À l’époque, avoir eu le temps, j’aurais ajouté « J’ai des études et un emploi.  JE SUIS UNE BONNE MÈRE! »

- « Ah, c’est parce que t’as l’air vraiment jeune, mais ok, t’as juste pas l’air de ça. » Avez-vous cru bon d'ajouter.

Je me souviens que vous aviez vraiment l’air soulagée.  La police des « bonnes mères » était rassurée du bien-être de ma 11 mois, chez Winners, entre deux rangées de cadres.

Crédit:Unsplash

J’ai repensé longtemps et souvent à cette rencontre.  Je m’en suis voulu de m’être sentie aussi déstabilisée.  Je m’en suis aussi, et surtout, voulu d’avoir ressenti le besoin de me justifier.  

Entre vous et moi, j’aurais pu avoir 17 ans.  J’aurais pu être ado, maman, travailler fort pour terminer mes études, subvenir aux besoins à cet enfant tout en étant une « bonne » maman.  Si ça avait été le cas, la dernière chose dont j’aurais eu besoin, c’est d'un commentaire de ce genre. 

Aujourd’hui, 9 ans et deux autres enfants plus tard, malgré la trentaine, je suis toujours la maman qui a l’air jeune (surtout avec 3, isssh).  Je suis toujours la maman au manteau rose fluo à la clôture de l’école. Je suis toujours la maman des enfants à qui les profs demandent « mais elle a quel âge, ta mère? » 
 
Aujourd’hui, la seule différence est que j’ai arrêté de me justifier et de douter de moi.  

Que ce soit à la collègue qui me demande si je peux « bien » m’occuper, aussi jeune, de tout ce monde-là (sans blague hein) ou celle qui prétend que je serais encore avec leur père si je les avais eu plus tard, je me permets de répondre: qu’il n’y a pas de modèle unique de maman et que je suis fière de celle que je suis. 

Je me suis fait une belle banque de réponse allant de « Je suis bien fière de ma famille! » à un beau gros eyeroll (ça fait toujours son effet).

Depuis 9 ans, vous avez été de toutes ces réponses; je dis bien réponses et non justifications.

Être maman est déstabilisant, bouleversant.  Être maman nous plonge dans le doute, la remise en question constante.  Être maman vient, trop souvent avec un sentiment d’insuffisance.   Je vous dirais même, en terminant, que la majorité des mamans, peu importe leur âge, se sentent inadéquates la majeure partie du temps, par elles-mêmes.  

Alors, s’il-vous-plaît, la prochaine fois que vous en croisez une, entre deux rangées de cadres, envoyez-lui dont un beau sourire d’encouragement.

Au plaisir de vous recroiser!

Maude

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