Féminisme et partage des tâches : pour que la lutte ne se passe pas dans le salon

Crédit photo: Library of Congress (USA) Féminisme et partage des tâches : pour que la lutte ne se passe pas dans le salon

Mon chum est pratiquement aussi féministe que moi. Je dis « pratiquement » parce que comme pour n’importe quelle situation qui ne nous touche pas directement, il n’y a rien comme la vivre pour la comprendre complètement. Un exemple concret : je croyais être très sensibilisée à l’accessibilité des lieux publics pour les personnes à mobilité réduite, mais me promener avec la poussette m’a fait prendre conscience de l’omniprésence des obstacles que je ne remarquais pas avant (et encore, je peux lever les roues et contourner les problèmes).

Bref, mon chum est féministe. Il est aussi très fort physiquement et il a aussi un boulot très prenant. Allô, les clichés. C'est donc assez fréquent que ce soit moi qui fasse le lavage et assez peu fréquent que ce soit moi qui utilise la drill. Alors des fois, je me demande : comment je peux être féministe et plier du linge?

À défaut d’avoir une réponse claire, je vous invite à être touristes dans mon cerveau le temps d’y réfléchir un peu.

Dans les médias
Un éditorial récent de Châtelaine prêchait contre le sentiment de culpabilité des femmes face à la propreté de leur maison ou au temps passé avec les enfants et j’éprouvais un certain malaise en le lisant. L'accroche demandait en essence : combien de fois cette semaine vous êtes-vous dit que vous auriez pu en faire plus? Ma réponse : une seule fois, quand j'ai lu cet article!

Ça m'agace sur deux points. Le premier point : est-ce qu'un média pour hommes publierait quelque chose du genre? Je ne les ai pas tous lus (j'ai du linge à plier, ha!), mais j'ai bien l'impression que non.

On ne s'attend pas à ce qu'un homme se sente coupable qu'il y ait du linge à plier. Et si les crochets de l'entrée ne sont pas encore posés, ça va sur la liste des choses à faire. Mais se sent-il coupable? Se justifie-t-il devant ses amis en visite « Oh, j'aurais dû poser les crochets dans l'entrée, ne regarde pas ». Non. Ça m'amène à mon deuxième point.


Source: Reaction Gifs

Le deuxième, donc : en posant la question « Vous sentez-vous coupable de votre panier à linge pas plié? », est-ce qu'on participe à perpétuer les stéréotypes qu'on tente de déboulonner? Je suis d'accord que l'article peut être libérateur pour celles qui se sentent effectivement coupables et je joins ma voix au message : let it go!

Qu'on me comprenne bien, l'article est bien écrit et intéressant. Il m'a fait réfléchir, après tout!

Dans le salon
J'ai été élevée à penser que les tâches ne sont pas genrées, même si mes parents avaient été élevés autrement. Se servir de la drill, installer un modem, brancher le système de son, faire à souper : j'ai été outillée pour tout ça. Mais mon chum est meilleur que moi avec la drill (désolée, papa!). Et lui pense juste jamais à plier le linge. Les jours où je suis fatiguée, j'ai parfois envie de crier « Coudonc, est-ce que je suis la seule à avoir les précieux skills nécessaires pour plier du linge? », en reprochant à mon chum notre micro-incarnation momentanée de la société machiste.

Mais en fait, son pouding chômeur est bien meilleur que le mien (et il y a peu de choses aussi charmantes que d'entendre un anglo dire « pouding chômeur »), et mes branchements audio-vidéo sont plus efficaces que les siens #MetsLeAu3 .

Peut-être que j'aurais jamais l'impression de subir le stéréotype des tâches genrées, si seulement quelqu'un pouvait venir plier mon linge.

Avez-vous parfois l'impression que votre chum s'attend à ce que vous fassiez certaines choses parce que c'est typiquement les filles qui le font? Vous faites quoi pour lui dire que ce n'est pas votre tâche d'office, sans mettre le feu aux poudres au quotidien?

Psssttt ! Envoie-ça à ton ami!

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