Récemment, une amie m'a confié qu'une fille que j'avais rencontrée à une soirée était tombée de sa chaise quand elle avait appris que j'avais un enfant. Un bambin. Parce que, je cite : « j'ai pas l'air d'une maman ». 

Avant de remettre en question toute ma parentalité, alors même que j'écris ce billet avec un enfant sur les genoux qui mange des crêpes en poissant mon clavier de sirop d'érable (Mom level : 1 500), je me  suis posé cette grande question : dans une société qui refuse qu'on se promène à poil, cicatrice de césarienne et autres stigmates de la maternité à l'air, comment reconnaître une mère?

À quoi ressemble une mère? Est-ce une femme qui s'habille exclusivement en jogging? Un être désexualisé et dénué de personnalité propre qui se promène en permanence avec un sac à couches, même sans enfant à ses côtés? Qui, en se présentant, énonce en une longue phrase sans pause son prénom, son nom de famille et le nom, l'âge et le poids de sa progéniture (avec percentiles)? Qui n'est que douceur, béatitude et kleenex en cas de rhume aux alentours?  Et, surtout, la grande question, c'est peut-être : pourquoi devrait-on ressembler à une mère? C'est que c'est l'implicite dans cette petite observation de la fille rencontrée brièvement, le sous-entendu dans ce doux reproche, dans cette petite bitcherie sans conséquence : une mère devrait avoir l'air d'une mère.

Comme si, dans une société qui glorifie encore la maternité comme objectif ultime du corps et de l'esprit féminins, ce n'était pas suffisant d'enfanter pour réaliser son destin de femme, pour tout avoir. Etrangement, c'est toujours en parlant des femmes qu'on se demande si elles peuvent tout avoir ; les mecs réussissent à avoir des jobs et des enfants depuis des siècles sans grandes interrogations philosophiques et autres coaches de vie qui leur disent comment tout concilier; ils réussissent même à ne pas être obligés à avoir l'air de papas, les veinards.
Il faut aussi montrer qu'on a enfanté et qu'on se définit par-dessus tout par ce grand accomplissement qui est à la portée de la majorité des personnes munies d'un utérus. Incarner la mère en s'oubliant entièrement dans nos enfants. Parce que mon identité, dès l'occupation de mes entrailles, devrait devenir soluble dans ma maternité.

Il serait peut-être temps qu'on en sorte. Qu'on tue la mère, cet objet imaginaire et essentialisé et qu'on laisse advenir des femmes qui, accidentellement, sont aussi parfois des parents (des mamans!) et possèdent des skinny jeans (ou pas), un sens de l'humour un peu morbide (ou pas) et une identité le plus souvent complexe, et insoluble.

Avez-vous l'air d’une maman?

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