J’aime pas ça être enceinte. C’est dit.
 
Par ailleurs, je vis très bien avec ce sentiment. Je pense qu’il ne faut pas avoir peur de le dire. J’ose croire que je ne suis pas la seule. En fait, je sais que je ne suis pas la seule. Je sais surtout qu’il ne faut pas avoir honte de se sentir ainsi.
 
Ça fait du bien de le dire, de s’avouer que l’épiphanie, c’est dans les films.
 
Je n’en vis pas d’épiphanie. Je ne ressens pas une immense satisfaction personnelle en pensant au fait que je porte en moi un petit miracle. Oui, mon bébé, c’est un beau miracle. C’est la vie. C’est mon ovule puis le spermatozoïde de mon chum qui se sont fait de l’œil puis qui se sont trouvés cutes. Si c’est pas de l’ordre du miracle, je ne sais pas ce que c’est, parce que, qu’on se le dise, c’est pas si beau un spermatozoïde.
 
Et ça n’a rien à voir avec le fait que j’ai tous les petits bobos du monde depuis les sept derniers mois. Non — ok, peut-être un peu —, mais en même temps, je n’aime juste pas ça. Je l’ai écrit ici, être enceinte m’a demandé de lâcher prise. C’est pas mauvais le lâcher-prise, mais disons que je me sentais assez bien dans ma peau quand j’avais le contrôle de ma personne. Quand je n’avais pas mal à l’estomac pour un oui ou pour un non, quand je n’allais pas faire pipi 5 fois par nuit, quand je n’avais pas les petits pieds de mon humain qui me tiraillaient les côtes à longueur de journée. Quand je pouvais m’épivarder dans ma maison, à grands coups de lavage de fenêtres. Quand je n’étais pas essoufflée à la seule action de me pencher pour attacher mes bottes. Quand je pouvais mettre ma paire de jeans préférée. J’étais vraiment très bien.
 
Traitez-moi d’égoïste, ça ne changera rien. Quand mon bébé va naître, je vais m’en occuper comme la prunelle de mes yeux. Je vais lui donner tout ce dont il a besoin, au profit de bien de mes caprices. Je vais appliquer le beau lâcher-prise que je cultive depuis des mois, mais je vais être seul maître de ma personne, et ça, ça ne sera pas du luxe.
 
Est-ce que j’aime moins mon humain pour autant? Zéro. Au contraire, j’ai tellement hâte qu’il sorte pour qu’on se regarde — enfin — dans le blanc des yeux, mais qu’au même moment je reprenne un tant soit peu le contrôle sur moi-même.
 
Avec du recul, dans cinq ans peut-être, je réaliserai toutes ces choses que j’ai apprises alors que mon utérus s’affairait à créer la vie. Pour l'instant, mon marqueur jaune m'aide à me rapprocher du jour J sur le calendrier. 

Je suis consciente que plusieurs femmes rêveraient d’être dans ma situation. Je le sais parce que plusieurs personnes de mon entourage ont dû renoncer à la maternité traditionnelle. Ces amies auraient rêvé de tomber enceinte et de porter leur enfant. Je suis chanceuse et privilégiée. Est-ce que ça m’enlève le droit de dire que je me passerais du boost d’œstrogène qui me traverse le corps à grand coup d’émotions pas contrôlables? Je vous le confirme : non.
 
Justement, l’épiphanie puis les miracles, c’est dans les films que ça se passe, et c’est ben correct comme ça. 

Et vous, avez-vous honte de dire qu'être enceinte, ce n'est pas si formidable que ça?
 

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