Vous le savez maintenant, cette année en est une de deuil pour moi. J’ai perdu ma mère du cancer il y a maintenant six mois. Au-delà de la peine et du manque, il y a également la paperasse, la succession, les innombrables factures (ça coûte cher mourir!) et la vente de la maison.
 
Je me suis d’abord acquittée de ces tâches machinalement, sans trop m’attarder aux émotions qui remontaient à la surface. Je devais bien ça à ma mère, elle qui avait travaillé pour nous si fort, toute sa vie. La demeure familiale s’est vendue rapidement, car ma mère prenait l’entretien de celle-ci bien à cœur (parfois même trop). Ensuite, chaque moment a été découpé d’une extrême lenteur, comme si la vie me mettait en garde contre l’oubli définitif et le sacré des derniers moments.
 
Son odeur, ses gestes, ses paroles flottaient encore dans cet espace où j’ai grandi et vu défiler mon enfance. Nous avons entrepris la douloureuse tâche de dépouiller sa/notre demeure, tout souvenir. J’ai dépoussiéré ma vie d’avant, en la classant à l’abri, dans une petite boîte qui s’ouvrira sur un autre monde.
 
Cette maison a été témoin de nos tempêtes, nos victoires, nos réussites et malheureusement, nos pertes. J’avais insoupçonné l’impact qu’un tel au revoir aurait sur moi. Plus de lieu de rassemblement aux périodes festives, plus de sanctuaire de répits pour la maman épuisée que je deviens parfois, plus de galettes aux carottes à la recette secrète, plus de longs après-midis à siroter un verre de blanc dans sa balancelle « de vieux »…
 

Crédit photo : Anne-Marie Pepin. Souvenir alors que j’étais bébé, ne vous en faites pas le décor avait changé.

J’ai réalisé qu’une maison, c’est bien plus que quatre murs, une piscine et un beau gazon vert… Une maison c’est un souvenir et une partie de notre identité. J’ai eu une belle enfance et adolescence dans cet endroit.  J’ai décroché, un à un, mes anciens laminés de Monet que j’admirais tant, jeté mes travaux universitaires que je gardais religieusement dans le sous-sol et  j’ai fermé définitivement la porte en disant merci pour tous ces beaux moments passés.
 
Maintenant, une nouvelle famille (les acheteurs sont de jeunes parents) fera vibrer notre maison et lui attribuera sa propre mémoire.

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