L’été 2014 s’annonçait beau. Je venais d’apprendre que j’étais enceinte. Ce n’était pas prévu, mais nous étions heureux de la nouvelle. À 12 semaines de grossesse, nous avons commencé à annoncer la bonne nouvelle à nos familles et nos amis les plus proches.
 
Puis est arrivé le mois de juillet. Une échographie et une drôle de tache noire. Le début d’un cauchemar. C’était la panique. J’avais beau poser plein de questions, personne ne pouvait répondre. Le silence, l'attente… Ç’a été trois jours qui m’ont semblé être une éternité. Et le diagnostic est arrivé. « Vous êtes enceinte de jumeaux identiques, Madame Séguin. Mais … » L’osti de « mais ». Celui que personne ne veut entendre. « Mais un des jumeaux est décédé. Et l’autre lutte pour survivre. » C’est là qu’arrivent les choix déchirants. Ceux que personne ne veut faire. Continuer une grossesse à risques, sans garantie que le petit qui reste survive et mettre nos vies en danger. Ou interrompre la grossesse. 

Le 8 juillet 2014, mes petits jumeaux ont quitté mon ventre. Ce fut le choix le plus difficile à faire de toute ma vie. Je mentirais si je disais que j’ai fait mon deuil. Je ne l’ai pas fait. Deux ans plus tard, quand quelqu’un évoque mes jumeaux, les larmes coulent. J’ai beau sentir au fond de moi que j’ai pris la meilleure des décisions, la colère et l’incompréhension ne s’en vont pas. Il n’y a pas une seule journée qui passe sans que je pense à eux. À nous. Parce que je n’aurai jamais les réponses à toutes les questions que je me pose. Je ne saurai jamais qu'est-ce qui s'est passé et pourquoi. Je ne sais pas si un jour, j'aurai encore la chance de donner la vie. La seule chose qui me reste, ce sont des souvenirs. Des souvenirs qui n’auraient pas dû s’arrêter là. Mon ventre rond, nos idées de prénoms, la date de notre shower. L’annonce à mon fils qu’il serait grand frère. Je ne peux pas non plus cesser de penser que je n'aurai jamais eu la chance de les voir, de les sentir, de les bercer.

Quand je vois la 50e femme de mes amies Facebook annoncer une grossesse, c’est plus fort que moi, je l’envie. Si j’arrive à écrire un « Félicitations » honnête, le sous-titre c’est « Pourquoi toi et pas moi? ». Je ne peux pas m’empêcher de continuer de compter les dates, les « pas anniversaire », l’âge qu’ils ou elles auraient aujourd’hui. 

Les gens répètent souvent que la maternité ne vient pas avec un livre d’instruction. Le deuil et l’acceptation non plus. C’est la partie que j’ai le plus de mal à vivre. Accepter les choses dont je n’ai pas le contrôle. Accepter que ce n'était pas mon tour de pouvoir donner la vie à nouveau. Accepter que la vie a décidé de m’enlever mon petit bonheur à moi. Chaque jour, depuis deux ans, c'est un pas vers le lâcher-prise que j'essaie, tant bien que mal, de faire. Chaque jour, ça me demande d'exister et de me donner le droit de verser des larmes, d'avoir de la peine ou de la colère.

Tout ce que je peux faire, c'est les garder avec moi, proches de mon cœur. Leur parler, leur demander de m'aider dans les moments difficiles, de m'envelopper d'amour. Parce que je sais qu'ils sont là. Pour toujours. Mes petits anges à moi.
 

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