Le jour où nous lâcherons nos microscopes

Crédit photo: Chutima Chaochaiya/Shutterstock Le jour où nous lâcherons nos microscopes

Ça revient périodiquement, la haine. La haine des fit moms : des mères qui n'allaitent pas, des mères au foyer, des mères pinterest, des mères, bref. Enfin, non, ce n'est pas tout à fait de la haine, c'est la façon dont on rapetisse les mères, (jamais les pères) dont on les fait tenir dans un espace minuscule pour les examiner à travers une série de loupes grossissantes. C’est la façon dont on souligne leurs paradoxes, leurs imperfections, tout ce qui dépasse. Les fit moms sont obsédées par leur apparence, les biberonneuses sont paresseuses, les mères au foyer nous renvoient des années en arrière. Les mères, les mères, c'est manifestement une raison pour se faire mal.

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J'ai une proposition révolutionnaire. Avant de juger une mère, de la décortiquer longuement, d'étaler ses ailes sur une planche et de les percer d'aiguilles pour l'examiner vivante, essayons de décortiquer le système, prenons-nous-en à autre chose, allons-y par étapes.

Avant de shamer les mères pinterest, élevons-nous contre l'essentialisation de la femme comme objet décoratif et décorateur, contre l'idée que nous sommes les responsables à part entière des apparences (de nos faces, de nos enfants, du salon). Cessons surtout de nous insurger parce que, après avoir été conditionnées toute leur vie à embellir tout ce qui les entouraient, certaines femmes ont l'extrême audace de rentabiliser les talents qu'elles ont développés, d'en faire une marque de commerce, d'en tirer quelque chose pour elles-mêmes. 

Avant de juger les mères au foyer, bonnes féministes que nous sommes, allons donc manifester devant l'Assemblée nationale pour l'immédiateté de l'équité salariale, question que le choix du parent au foyer soit un réel choix. Allons militer pour des lois plus dures en matière de discrimination parentale, en tirant trois coups de fusil avant de jouer de la cornemuse pour tous les postes, mystérieux hasard, abolis pendant des congés de maternité.

Avant de juger les mères au foyer, en fait, défaisons-nous de nos misogynies internes et cessons de dévaloriser le travail traditionnellement féminin.  

Avant de jeter le tire-lait aux biberonneuses, déstigmatisons le congé de paternité. Oui, ça prend du soutien intense pendant les six premières semaines d'un enfant pour pouvoir devenir le frigo d'une minuscule personne. Profitons-en d'ailleurs pour dénaturaliser la maternité, la désessentialiser, une mère n'est pas qu'un corps. Une femme n'est pas qu'un corps. 

Quand on aura fait tout ça, qu'on aura déconstruit le système dont la grande réussite est, entre autres, de nous graver au scalpel une haine de soi chirurgicale, on va se donner une chance. On va laisser passer le temps que la prochaine génération n'attrape pas notre talent à manier la loupe. Parce que certains leur disent déjà qu'elles sont trop, à nos filles, trop sexy quand elles jouent jambes ouvertes avec leurs amis sans e, alors qu'elles sont en couches encore. Elles sont si petites et on les rapetisse déjà pour les faire tenir sous les loupes.

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Il faut que ça s'arrête avec nous. Il faut qu'on éclate les lentilles grossissantes. Si elles ne se détestent pas elles-mêmes, elles ne se haïront pas entre elles, ne s'arracheront pas les ailes pour se mettre sous globe dans une collection de mater horribilis. On pourra alors les juger, nos filles, à la mesure des géantes qu'elles seront devenues, debout dans le verre cassé.

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