Quand nous nous sommes séparés, le papa de Fiston et moi, notre fils avait presque 2 ans. À ce moment-là de sa vie, nous avions déjà chéri et partagé plusieurs beaux moments ensemble. Ses premiers mots. Ses premiers pas. Son premier jour à la garderie.

Les premiers temps, après avoir pris la décision de nous séparer, je me suis rendue à l’évidence bien assez vite. Les souvenirs, nous devions les partager maintenant. Ça fait partie de la vie de parents séparés. Nous ne nous divisons pas seulement les biens. Les moments de nos enfants sont, eux aussi, divisés en deux.

Presque cinq ans après notre séparation, force est d’admettre que je n’ai pas manqué beaucoup de
moments. Quand il a commencé à faire pipi debout, passage obligé pour un petit garçon, c’est son papa qui était là pour lui. Merci la vie! Je n’aurais pas servi à grand-chose à cette étape. Je n’étais pas là non plus quand il a vaincu sa peur de l’eau. Mon petit poisson est passé au travers de cette grande peur durant ses vacances chez son papa l’été dernier. Et cet été, eh bien, j’ai manqué la transition de la bicyclette. Moi qui avais si hâte. Cette grande étape où nous enlevons les petites roues et qu’il part comme un trop grand garçon sur deux roues seulement.

À chacune de ces étapes franchies loin de moi, Fiston me téléphone. Il crie ou pleure de joie. Et moi, à l’autre bout du fil, je jubile avec lui. Et quand je raccroche, je pleure. De tristesse. Parce que je ne m’y habitue pas. J’ai toujours l’impression d’avoir des trous blancs dans mes souvenirs. Un espace qui ne sera jamais rempli.

Ayant la garde à temps plein de Fiston, je suis très choyée. Et j'en suis consciente. Je sais que, comme son père, beaucoup d'autres parents n'ont pas cette chance. J’ai la chance d’être là, d’être présente à (presque) tous les beaux et grands moments de sa vie. Mais malgré les années qui passent, je ne m'habitue pas à manquer certains de ces moments. Ça fait encore mal. Je suis heureuse que mon fils puisse passer du temps avec son papa. Je suis heureuse de savoir qu’il partage certains instants magiques avec lui. Son père vivant à 200 km de chez nous, avec son travail, il ne peut pas être présent comme il le souhaiterait. Il n’était pas présent pour la rentrée scolaire à la maternelle, ni au premier bulletin. Il n’a pas vu sa première dent tomber.

Moi oui.

Je sais que son père doit ressentir exactement la même souffrance. Lui, il doit avoir le sentiment d'avoir un plein d'espace blanc dans sa mémoire. Mais malgré cela, égoïstement, je continue de trouver difficile de ne pas être présente pour chaque instant de la vie de mon fils. Parce que ces instants, ils sont uniques et ne reviendront pas.

Mon cœur de maman voudrait ne jamais avoir à manquer d’autres instants si précieux. Mais ça arrivera encore. Je ne crois pas que je finirai par m’y habituer. Et je finirai encore (sûrement) en larmes quand ça arrivera. Et je continuerai de me rappeler que je suis chanceuse. Chanceuse d’avoir accès à « presque » tous ces instants, malgré les espaces blancs. 
 

Crédit : MariePier Séguin/Collection personnelle

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