Jamais au bon endroit, jamais au bon moment

Crédit photo: Onemadis/Pixabay Jamais au bon endroit, jamais au bon moment

Cette photo vous a intrigué? Je suis la fille qui ne se sent jamais au bon endroit au bon moment. Mais où il est, mon X, à la maison ou au travail? T'sais, cette expression : « elle est sur son X »? (je la hais tellement!) Cela signifie – pour les néophytes comme moi – que ces gens se sentent exactement là où ils doivent être. Ils se sentent bien et en équilibre. Ils consacrent leur précieux temps à ce qui les rend heureux et à ce dont ils ont toujours rêvé. Ils se sentent en harmonie avec leurs valeurs et en accord avec leurs occupations. Ils sentent qu’ils se RÉALISENT. #NotMe

Depuis que je suis maman (bientôt 15 ans!), je me sens, la plupart du temps, sur mon < ou sur mon >.C’est à dire, à moitié sur mon X, selon mes activités « de mère » ou « de professionnelle ». Jamais totalement là où je me sens importante… jamais entièrement là où je suis bien... jamais complètement là où je voudrais être pour me réaliser. 

J’ai quelques contrats d’édition (oui, je suis privilégiée de pouvoir exercer mon métier en dilettante comme je le fais), mais ces contrats me pèsent de plus en plus. J’ai aussi un contrat de rédaction (ô rêve!) avec une maison d’édition (peut-être trop compréhensive de mes délais – allô Martin!), sans toutefois être capable de dépasser l’étape confortable des recherches pour réellement rédiger ce livre sous contrat! Je dis que je n'avance pas mon livre parce que je m'occupe de mes enfants, mais est-ce la vraie réponse?

Crédit : Giphy

Peur de l’échec devant mon plus grand rêve? Sûrement! Procrastination érigée en système ou simplement envie de materner à temps plein sans me l’avouer? Fuite dans le maternage ou réelle préférence actuelle? Leur petit dos ne deviendra-t-il pas trop large à force de porter les peurs de leur maman? 

La carrière, je l’ai eue. J’ai eu des années de travail intenses sur des productions télévisuelles en vue. Parfois deux jobs en même temps : les horaires de fous, la conciliation travail-famille, la garderie, les retards, les voyages d’affaires, les heures supplémentaires à faire le soir, le souper à bricoler en vitesse, le 2e shift du bain-histoire-dodo. Je connais. J’ai donné. Et j’ai adoré ça. Ben alors?

Je suis peut-être vieille. Est-ce justement parce que j’ai l’impression d’avoir sacrifié une partie de l’enfance de mon grand que je n’ai plus envie de jongler ainsi entre mes deux vies? Même pour me réaliser personnellement ou professionnellement? Je n'ai plus envie de perdre une minute d’enfance avec mes deux petites, je pense...

Crédit : hoodz88/ tumblr

Quand je travaillais à temps plein, les horaires de famille me dérangeaient réellement. J’avais mes meilleures idées au moment où il fallait partir pour la garderie, j’étais déchirée de partir de la maison le matin, mais contrariée de devoir rentrer le soir, constamment brimée par le carcan familial. Parfois j’en voulais même à mon adorable chérubin de m’empêcher de plonger jour et nuit dans la job. Mais lorsque j’avais un trou entre deux contrats, je me vautrais dans tous les parcs de la ville avec mon fils. J’aurais voulu déménager sur une autre terre, là où ni le système scolaire ni le travail ne nous rattraperait. Dualité? Paradoxe? X incomplet parce que double. Mon X était au travail quand je m’y trouvais ET à la maison lorsque je pouvais y passer tout mon temps. Mais jamais aux deux endroits en même temps et jamais au même moment. « J’suis excessive, j’aime quand tout désaxe », chantait Carla Bruni!

Hier, ma Farfadette a enfilé 4 mots. « mion dans la ue ». Des camions travaillent à couler le béton du trottoir devant la maison. C’est très impressionnant. Assez pour formuler sa première phrase. En 18 mois, je crois qu’elle vient d’aligner plus de mots que moi sur mon manuscrit. Mon écran reste rempli de recherches Google de pédiatrie et de répertoires d’activités pour les bambins. Mais quel luxe de pouvoir les regarder jouer! Quel bonheur de constater les nouveaux mots chaque jour, que la grande sœur ne manque jamais de surligner : « Maman! Aglaé a dit bambine! »

Dans quelques semaines, elle ne sera définitivement plus un bébé. Elles évoluent si vite, ces petites fleurs que je regarde pousser à temps presque plein. Et mes textes attendent si bien, eux! Ils restent exactement les mêmes, ils stagnent magnifiquement bien, beaucoup mieux que mes trois enfants… Peut-être que mes deux X impossibles à concilier finiront par trouver leur place l’un APRÈS l’autre? Le temps de la réalisation et du travail passera APRÈS le court temps du maternage? Je continue toutefois de chercher l’équilibre et d’aspirer au X unique!

Vous sentez-vous sur votre X quelque part, vous? 

Psssttt ! Envoie-ça à ton ami!

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