Avant que leur p’tit arrive dans leur foyer, Papa pis Dada ont dû décider ensemble de qui allait prendre le long congé parental pour s’occuper du bébé. La discussion n’a pas été bien longue. J’allais être le donneur de soin principal, et le chum allait continuer à travailler. C’était une décision qui nous plaisait à tous les deux. Pourquoi? Un histoire de tempérament, tout simplement. J’ai plus de facilité avec les enfants, j’étais donc plus enclin à prendre ce congé.

Par contre, cette simple décision me collait soudainement l’étiquette de « la maman », par le simple fait que j’allais être celui qui reste à la maison et qui s’occupe d’un enfant toute la journée. Je m’y attendais. Ça ne me dérangeait pas tant. Je me connaissais après tout, je savais qui j’étais. J’ai toujours eu plus d’affinités avec mon côté féminin. J’étais celui qui jouait avec des bébelles pour « filles », le p’tit gars qui jouait à la corde à danser avec les fillettes, le p’tit sensible qui aimait les belles choses.

Fac, j’étais donc confiant de ma bienvenue dans le monde des mamans. Je m’imaginais toutes ces mamans qui m’attendraient les bras ouverts, sourires aux lèvres et prêtes à partager des vieilles anecdotes de one night stand avec moi, tout en donnant le biberon et en bitchant contre nos époux qui ne sont pas assez romantiques.

Mais la réalité fut tout autre.

Au départ, c’était anodin, presque rigolo. J’allais au cinéma « Maman/Poussettes » avec les mamans. J’étais inscrit à l’heure du conte « Maman et moi » avec les mamans. Je fréquentais les forums et groupes de mamans. Maman par-ci, maman par-là. Nom de la mère, signez ici s’il-vous plaît.

Puis ce fut les pubs à la télé. « Les mamans préfèrent ceci », « Bébé dort bien, maman est rassurée. » Maman, maman, maman. Encore une fois, pas beaucoup de papas. Ça ne m’étonnait pas. Comme tous, je savais que la maman dominait la parentalité, elle l’avait toujours fait. C’est le rôle qu’on lui avait attribué.

Mais peu à peu, je me suis senti comme un imposteur. Je voulais bien être le donneur de soin principal, être « la maman », mais ma masculinité en prenait un coup. Je n’étais pas une madame. Je restais un homme pareil, je restais un « papa » pareil, même si je me faisais appeler Dada. Je me sentais comme un intrus. Un voleur de rôle. Je rentrais dans le monde de la maman, et la maman ne semblait pas tant m’apprécier. On me jetait quelques regards de désapprobation, d'interrogation, voire parfois de terreur. 

Lorsque je débarquais au parc en semaine, j’étais assez souvent le seul homme sur la place. Plus d’une fois, je sentais un regard incertain, vérifiant si j’avais bel et bien un p’tit endormi dans ma poussette, s’assurant ainsi que je n’étais pas un pervers solitaire qui venait zyeuter la jeunesse du parc. J’avoue que mon accoutrement de linge mou, barbe pas rasée et yeux hagards pouvaient donner mauvaise impression, mais c’est le look normal de tous les nouveaux parents, non? C’est dans les parcs que j’ai également du confronter les cliques. Les cliques de mamans, les joyeuses gangs de belles et formidables mamans qui se connaissent déjà toutes entre elles, qui s’aiment donc. Je me sentais comme le p’tit gros awkward du secondaire, celui qui voulait parler aux populaires, mais qui  n’osait pas. Ici, le papa était vraiment le rejet.

Puis, il y a la présomption de l’ignorance. Les articles, les films, les livres, l’image même du papa un peu dépassé par les événements, celui qui risque de mettre la couche sur la tête du bébé parce que, oups, c’t’un gars! Celui qui risque de mettre les bas à l’envers, parce que oups, c’t’un gars! Le clumsy, pas intéressé, rentre tard, Canadian Tire, papa classique. C’est ici que mon allégeance fut sérieusement ébranlée. À qui devais-je m’identifier? À la maman ou au papa? Qui étais-je en fait, par rapport à mon p’tit? Quelle était ma place dans l’univers? Où s’en va le monde?

C’est là que j’me suis dit de ne pas trop capoter toé, chose. Que la plupart de ces représentations se voulaient amusantes et humoristiques, même si elles perpétuaient de vieux stéréotypes. Que je pouvais juste être fier d’être le parent que je suis, d'être cet amalgame entre le rôle du père et de la mère. Que je pouvais juste être fier d’avoir été celui qui a bercé, cajolé, enveloppé, chantonné, aimé, et d’être celui qui a poussé plus loin, chamaillé, chatouillé, lancé, guidé. Pis quand j'me suis mis à accepter tout ça, ben les barrières sont tombées. Les mamans pis les papas m'ont accepté. C'était peut-être moi qui me mettais les barrières en fin de compte, non? 

Fac je ne suis pas pour les mamans ou pour les papas. Il n'y a pas de VS dans mon cas. J'suis juste un parent. Et vous, vous êtes dans quel camp?
 
 

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