Le travail est un élément significatif et central dans la vie de beaucoup d’adultes. Notre travail consume en moyenne la majeure partie de notre journée, voire notre semaine. Notre société aime également nous définir par tous les moyens possibles, en l’occurrence par notre job.

« Allo, je m’appelle ______________. Je suis un _____________. Je travaille pour ______________ »

Voilà comment, la plupart du temps, les gens se présentent à des personnes inconnues, en indiquant leur emploi, comme si celui-ci définissait qui ils étaient. Pourtant, nous sommes nombreux à penser que ce que nous faisons dans la vie ne nous définit pas en tant qu’individu. « Mais où veux-tu en venir avec tes grands principes philosophiques du jeudi soir? » que vous vous demandez sûrement en menaçant de fermer la fenêtre de navigation. Eh bien voici : depuis quelque temps, je remarque une légère tendance de la populace à venir définir mon enfant par le métier que j’exerce, soit celui d’enseignant.

« Ah tu es prof? Ton p’tit doit être bon à l’école! », « Ah tu es prof? Ton p’tit doit déjà savoir tous ses chiffres et ses lettres d’abord! », « Ah tu es prof? Ton enfant doit pouvoir réciter les fables de La Fontaine par cœur dans ce cas! ». Bref, vous voyez le tableau. Puisque mon métier est d’enseigner, il est pris pour compte que je passe mon temps à enseigner toutes les notions possibles et imaginables à mon enfant. Encore une pression inutile de plus pour le parent moderne à ce que je vois.

Est-ce que notre métier vient réellement définir comment nous éduquons nos enfants? Est-ce que l’enfant d’une coiffeuse devrait être mieux peigné qu’une autre, en tout temps? L’enfant d’un cinéaste devrait-il être créatif? L’enfant d’un chercheur doit-il être curieux? Malgré nos belles volontés, les clichés et les jugements rapides sont sournois et toujours bien présents, incrustés bien profonds et difficilement délogeables.  

Mais, juste pour mal faire, c’est vrai que j’suis un peu prof avec mon p’tit. J’suis chrissement un peu têtu sur les bords. J’veux que ça marche. Alors je m’acharne. Je m’entête. J’veux pas que le monde dise justement, « mon doux, son père est prof pis il ne sait même pas ses chiffres! » Alors j’me précipite sur mon enfant avec le petit tableau magnétique dans mes mains et je lui pointe la belle lettre A collée là, avec ma voix enjouée de Barney le Dinosaure. « Petit Pou, c’est quoi déjà cette lettre-là? ». Petit Pou me regarde avec son sourire légèrement narquois. « Caca dans poubelle! », qu’il répond avec un sourire sur le bord d’être fendant.

Évidemment, c’est une réponse appropriée vu qu’il a 3 ans. À quel âge est-il censé savoir son alphabet? À quel âge est-il censé écrire son nom? S’il arrive en maternelle et qu’il ne sait pas son alphabet? « Petit Pou, tu le sais la réponse, aide-moi s’il-te-plaît! », que je continue de demander, sourire terrifiant au visage pis toute. Petit Pou se lève et pogne un p’tit char pour ensuite le cogner violemment contre le divan. J’suis ben certain qu’il s’imagine que le p’tit char est ma grosse face paniquée, celle que j’ai en ce moment.

En fin de compte, comme d'habitude, c'est moi-même qui me mets beaucoup de pression inutile. Alors, croyez-vous que votre métier viendra influencer la façon dont vous éduquez votre enfant?

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