Ah cet enfant-là. Vous savez duquel je parle. Le p’tit là, lui là, celui qui joue toujours tout croche! Y déplace de l’air sans bon sens! Il bouge, ne veut jamais jouer aux mêmes jeux que les autres. Celui qui dérange. Le difficile. Celui qui tape pis qui mord quand il est contrarié. Celui qui ne fait pas toujours les activités proposées, qui aime mieux courir pis sauter partout. Pis en plus, il ne dort pas pendant la sieste. Toujours debout! 

Crédit: Giphy
Une belle représentation de l'état constant de mon enfant. 

Ce p’tit-là, c'est le mien. Le p’tit tannant de la garderie. Le p’tit chriss. Bien évidemment, ce n’est pas comme ça qu’on l’appelait. Mais le sentiment vécu était le même. Une fois le boulot terminé, j’allais le chercher et je me faisais immanquablement accueillir de la même façon :
 
« Pis, comment ça été aujourd’hui?
— Ouf… »
 
Le « ouf » pas plaisant. Il avait fait ceci, il avait fait cela. Il n'avait pas fait ceci, pas fait cela. Je sentais l’épuisement, le découragement, l'abandon. J’allais le chercher avec appréhension et nervosité. Mon entourage me disait que c’était normal, que la plupart des enfants sont difficiles à cet âge. Il y avait certes une part de ça, mais vu son parcours unique, mon enfant aime tester les limites, vérifier la solidité du cadre et surtout, du lien. Moi, pendant ce temps-là je m’accrochais au slogan parental par excellence, celui que tous les guides, autres parents et matantes bien intentionnés répétaient inlassablement : « Chaque enfant est différent. Il n’y en a pas un de pareil. Vive la différence! »
 
Pourtant, la différence dérangeait. Le mien était terrible à gérer. Difficile. Épuisant. Les gens ont peur, les gens ne savent pas quoi faire, les gens n’aiment pas quand ça ne fit pas correctement. J’ai moi-même dû me battre avec mes propres conceptions, mon propre jugement facile, mon propre « chriss pourquoi qu’il ne fait pas comme les autres ». Mon p’tit, dans sa jeune vie un peu rock’n’roll a déjà dû faire face aux jugements, à la discrimination, à l’intolérance parce qu’il est juste une p’tite coche pas pareil, juste une p’tite affaire trop intense. J’ai entendu des commentaires comme « il n’est pas normal », « il a quelque chose », « il ne fait pas pareil que les autres ». Ça m’horrifiait au début. J’voulais qu’il fit comme il faut. J’voulais que ça soit facile pour lui parce que moi, j’ai jamais fitté dans le moule. J’ai toujours été un peu à côté de la track de la normalité. Pis c’est là que j’me suis dit : on n’est pas supposé accepter la différence? Où est le beau : « chaque enfant est précieux et unique? » 
  
Maintenant, j’ai compris qu’effectivement, tous les enfants sont différents. Et tous les adultes qui gravitent autour également. Les parents comme les intervenants n’ont pas toujours les mêmes façons de penser, d’agir, d’intervenir. Je trouve seulement attristant quand des personnes affirment accepter la différence, mais agissent en rejetant mon enfant. Maintenant, il est dans un autre établissement. Il est le même enfant, avec toutes ses qualités et ses défauts. Mais le soir quand j’arrive, il n’est plus le p’tit tannant. Je ne sens plus ce découragement, cette impuissance, ce négativisme alourdissant. Il n’est plus cet enfant-là, le p’tit chriss. Il est comme les autres, il a ses aspects positifs et négatifs, ses qualités et ses défauts. Je ne suis plus le parent du p’tit chriss. Je suis le parent du p’tit garçon là, lui juste là, dans le coin, celui qui bouge beaucoup, saute et culbute, qui chantonne I Dreamed a Dream pis qui joue aux pouliches. Pis c’est parfait de même.
 
 

 

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