Le lutin de Noël, c'est ce petit personnage qui, selon le livre de Chanda Bell, surveille l'enfant toute la journée sans que l'enfant puisse jouer avec ce jouet théorique (il perdrait sa fragile magie de Noël) et qui, le soir venu, l'enfant couché, va faire son rapport au père Noël, son big boss, avant de revenir faire des bêtises fantaisistes et drôles pendant la nuit pour que les petits le trouvent au matin.

En bref, le lutin de Noël, c'est un espion, employé par un patron lointain auquel on n'a jamais accès. Ce patron inaccessible, l'enfant croit (presque obligatoirement) à sa bienveillance extrême. Ce patron a aussi le pouvoir de punir ou de récompenser l'enfant pour des comportements que l'espion lui rapportera. L'enfant finit donc par se comporter correctement parce qu'il est surveillé en permanence. Ça ne vient pas de moi, mais de sommités universitaires sur la question des nouveaux médias.

Crédit : Giphy
Ça semble un peu absurde de penser de cette façon au père Noël et aux lutins quand on sait que les biscuits qu'on laisse le soir du 24, ce n'est (éloignez les enfants de l'écran à ce moment précis) pas forcément le bonhomme bedonnant et rigolard vêtu de rouge et blanc qui se les enfile avec un verre de lait transformé ou non en white russian.

Par contre, quand on a 3-4-5-6 ans, ce n'est pas une figure inoffensive. D'abord, elle a un certain pouvoir d'action sur le truc le plus cool de l'année dans la vie d'un enfant (Noël!! Oui, Vive le vent joue chez moi depuis la mi-novembre, j'assume). Ensuite, elle semble terrorisante au départ si j'en crois les hurlements primitifs qui s'échappent, rauques, bestiaux, presque désincarnés, de la bouche de mon bambin chaque fois que j'essaye de l'approcher du père Noël, pendant que la gueule carnassière de l'homme à tuque rouge lance des Hohoho tonitruants.

Du coup, pour limiter les dégats, je vais effectuer deux petits amendements à la légende du lutin sur l'étagère. D'abord, je vais laisser faire l'étagère. Dans mon livre, si ça ressemble à un jouet, ça sent comme un jouet pis ça goûte comme un jouet (ben oui, avez-vous déjà rencontré des bambins?), c'est un jouet. Joue avec. Ensuite, je vais oublier la partie rapport officiel nocturne de l'équation et me concentrer sur les bêtises, la fantaisie. Parce que c'est le tun, les bêtises, comme dirait mon gamin. 

Pensez-vous que la tradition du lutin habitue nos enfants à un état policier?

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