C’est la phrase la plus terrifiante pour tous les parents : « Viens jouer avec moi! »

Me semble que j'aurais mille autres choses à faire. Ses p’tits yeux brillent d’anticipation et je dois me rappeler qu’il n’a que 3 ans. Que jouer est important et spécial pour lui. Que c’est un moment précieux et unique entre le parent et le petit. Qu’il aime véritablement ses petites figurines diverses et aime m’avoir assis à quelques pouces de lui et me dire quoi faire.

Mais, seigneur Dieu, une partie de moi rêve de faire n’importe quoi d’autre. N’importe quoi sauf rester sur le plancher à jouer encore et encore à la même chose. J’adore lui lire des histoires, jouer à des jeux de société avec lui, l’amener explorer dehors ou l’amener faire des activités diverses, mais jouer avec des bébelles? C’EST PLATE! J’ai été le premier surpris de voir à quel point cela me demandait un énorme effort de jouer avec des figurines avec mon p’tit. Lorsque j’étais enfant, c’était un des jeux que j’aimais le plus. Je suis quelqu’un d’imaginatif, de théâtral, qui aime inventer des histoires… alors pourquoi est-ce si difficile?

Nous voilà donc sur le plancher, moi étalé peu élégamment avec mon chandail qui remonte et le p’tit qui me dicte ses ordres, m’indique quelle figurine j’ai droit de prendre et comment je devrais jouer avec.

« Toi, tu as cette auto-là. »

Il me tend la petite auto, autrefois mauve, maintenant grise délavée avec la fenêtre cassée et la petite porte qui ne ferme plus. Il me donne également une brosse à cheveux et un dinosaure qu’il n’aime pas. Lui, il a le choix entre 239 autres figurines, voitures et babioles. Je me mets le cerveau en mode imaginaire et tente de créer une histoire palpitante dans laquelle je pourrais prendre un intérêt quelconque :

« Bonjour, je m’appelle Gratien et je… »
« NON! », me stoppe-t-il brusquement.
« Son nom c’est Dinosaure, ok là?! »

Je tente alors de créer une épopée palpitante qui rendrait George R. Martin jaloux. Je tente par tous les moyens de ne pas jeter un p’tit coup d’œil à mon téléphone. Je ne me lève pas, je ne ferme pas les yeux, je ne m’imagine pas en train de me faire bronzer sur une belle plage du sud avec Hugh Jackman qui me sert un mimosa. Je joue. Je fais des voix et j’essaie de glisser subtilement des notions de gentillesse, de partage et d’entraide dans les histoires du jeu. Je ris quand mon p’tit m’affirme que tel bonhomme a « FAIT CACA! ». Je suis donc fier de moi. Pis là je regarde l’heure. Ça fait 17 minutes que je joue. Seulement 17 minutes. Bon, au moins c’est un 17 minutes avec mon enfant que j’me dis.

« Petit Poux? Encore 5 minutes pis après Dada va aller faire le souper. »
« Non 2 minutes! »

Il n’a pas bien saisi l’art d’argumenter les minutes. Après 5 minutes et quelques avertissements, je me lève.

MELT.DOWN.

Il tombe en miettes et la culpabilité m’enserre l’échine. Ça y est, j’ai détruit son enfance. Le p’tit pète sa coche, se calme pis continue de jouer seul. Je pense qu’une partie de moi n’est simplement pas capable de relaxer totalement pour jouer à ce genre de jeux. Je pense toujours à ce qu’il y a à faire. La pile de linge à plier. La toilette à laver. Les lunchs à préparer. Les tests à corriger. Internet à scruter. Je me sens coupable de ne pas faire mes tâches et je me sens coupable si je ne joue pas avec lui. Je n'ai pas de solutions. J'ai découvert, bien humblement, une vérité sur moi-même. Je ne tripe pas tant à jouer aux bébelles avec mon enfant. Y'a pire comme crime, non? 
 

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