Je suis partie une semaine à Torbeck, à cinq heures de Port-au-Prince grâce à une idée brillante et pleine de cœur de la station de radio pour laquelle je travaille et dont je suis encore plus fière. CKOI 96,9 a permis à six de ses auditeurs, à PY Lord et à moi d’aller donner un peu de notre force de bras, beaucoup de notre sueur (parce que sacrament qui fait chaud) et une méga dose de love pour construire une salle de spectacle à l’école du village. Je suis arrivée là avec la peur de mourir, littéralement. J’avais peur de ces images que l’on nous envoie à la télé. Peur de laisser ma fille même si elle était si fière que j’amène ses vêtements trop petits à des ami.e.s d’Haïti comme elle dit. Peur pour mon cœur que je connais trop vif et sensible, qui se crinque à l’injustice du sort pis qui rage devant l’enfance qui ne peut se vivre de manière insouciante. Je suis partie quand même. Un mois plus tard, je ne sais pas à quel point je suis revenue. 

Il y a une partie de moi qui est encore là, à se laver avec le village au grand complet (même le cochon) et à se réveiller au son des MawiJo et des Piwaye d’enfants prêt.e.s à être entertainé.e.s aux aurores. Une partie de moi est encore avec mes ami.e.s d’Haïti.

Crédit : MarieJosée Gauvin
La Squad de filles.

Il y a Edson qui vit dans une mini-maison avec 11 autres membres de sa famille et qui adore lire, mais qui n’a qu’un seul livre : Romance à Mexico. Avant de partir, je lui ai laissé le dernier d’Alexandre Soublière.

Il y a Edoux, le magnifique, gentil, doux qui rêve de devenir agronome.

Il y a Daniella qui danse comme Beyoncé et Gigi, le comique aux mille mimiques, qui pourrait être le prochain Eddy Murphy.

Il y a Ginette, la maman de RoseAlquine et RoseBerline qui a perdu sa maison et sa chèvre avec Matthews. Elle est si travaillante et lève des brouettes si lourdes, en gougounes.

Il y a Agnès, qui a une petite fille du même âge que la mienne. Elle voudrait une maison à elle, avec un métier et un mari qui la respecte. On veut tous la même affaire au fond. Je regardais les étoiles avec elle. C’est fou de penser que c’étaient les mêmes que je regardais la semaine d’avant au chalet dans les Laurentides. Je lui ai dit que, dorénavant, je penserais aussi à elle quand je regarderai la Grande Ourse. Ça ne change rien à sa situation, mais des fois de savoir que quelqu’un.e pense à nous, on se sent moins seule. On s’est mises à chanter du Celine. S’il suffisait d’aimer, c’est sa préférée. Les étoiles pis Celine, ça unit tout le monde.

Il y a aussi la petite au chandail rose qui prenait toujours ma main.

Je voulais vous les présenter. Je voulais que ça soit eux et elles l’image que vous avez d’Haïti. J’espère que vous entendez leurs rires, leurs chants et leurs rêves, parce qu’après tout, ce sont les mêmes que les nôtres.

 Crédit : MarieJosée Gauvin

J’ai aussi dormi dans un orphelinat. Je vous raconterai ça la prochaine fois. Je me demande encore comment j’ai fait pour réussir à partir.

Avez-vous fait de ces rencontres d’ailleurs qui vous habitent encore ici?

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