Pour fêter la Saint-Jean cette année, j’ai amené ma fille au parc au coin de la rue. On a joué longtemps dans le sable comme elle aime, puis on a mangé de la crème glacée à la fraise, pour célébrer une journée spéciale.

J’ai souri de son bonheur lorsqu’elle a agité le drapeau québécois que la petite voisine lui avait donné. Ma fille sentait la crème solaire, le sable et la crème glacée : une vraie odeur de vacances. Je souriais de cette journée réussie. Je souriais à ma petite fille alors qu’intérieurement, je pleurais. Je rageais de la peine d’une nation qui nous considère comme de la main-d’œuvre bon marché, de la peur de ne pas arriver à la protéger du racisme, du soulagement de l’avoir gardée à la maison, loin d’images qui nient la dignité des siens. Sa dignité.

Que vous ayez vécu sous une roche (au chalet) ou non pendant la fin de semaine, je vous suggère tout de même de lire cet article pour le contexte, car il déconstruit les arguments maintenus par l’organisation du défilé de la Saint-Jean à Montréal pour « expliquer » leur geste.

Pour ma part, je ne me lance pas là-dedans. Parce que je m’en fiche des explications. Parce qu’il n’y a aucune explication qui justifie le manquement à la dignité de mon enfant. Parce que le recours aux « bonnes intentions » des organisateurs ne veut rien dire pour ma petite. On entend des chroniqueurs, des organisateurs, s’empêtrer dans des excuses selon lesquelles ce que nous avons vu n’est que la surface des choses. News flash, dans un défilé, ce sont les images qu'on voit. Alors quand les enfants demandent « Pourquoi ce sont juste des Noirs qui poussent les chars, maman? », témoignage véridique rapporté par plusieurs personnes de mon entourage, on leur répond quoi? Que les organisateurs avaient de bonnes intentions?

Les enfants voient les différences. En ne leur expliquant pas les injustices qui font que certaines personnes sont parfois traitées différemment, on leur envoie le message que nous sommes d’accord avec ce monde raciste. Quand on est une minorité, exposer nos enfants à des images comme celles-là sans les expliquer, c’est leur envoyer le message qu’ils sont moins bons, qu’ils valent moins que les enfants blancs, que certaines personnes pensent qu’ils ne sont bons qu’à pousser des chars. Ou peut-être même que certaines personnes pensent qu’ils ne devraient pas faire partie du Québec, où ils sont nés et ont grandi. Alors on explique. Et on pleure de rage de ne pas arriver à protéger nos petits.

À chaque fois que je vais à un défilé, à un spectacle, que j’ouvre la télé, j’ai peur. Peur qu’au mieux ma fille soit invisible, et qu’au pire, son identité soit ridiculisée, stéréotypée, que sa dignité soit remise en question.

Ça, c’est un des poids que portent les parents d’enfants racisés. Ne pas avoir ce poids fait partie du privilège blanc. Ignorer que ce poids existe fait partie du privilège blanc (ce qui n’est pas une attaque, mais un simple fait). En revanche, refuser d’entendre lorsqu’on dit que ces images de la Saint-Jean (qui devrait être notre fête à nous aussi!) mettent en péril la dignité de nos enfants, c’est agir activement pour maintenir les inégalités raciales.

Alors, pour protéger ma fille du mieux que je le peux, parce que je préfère l’odeur de vacances aux conversations amères et douloureuses, je reste chez moi les jours de Saint-Jean.

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