C'est de votre faute si votre enfant est TDAH

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En tant que femmes, surtout en tant que mères, nous sommes responsables de tous les maux du monde : la guerre, la famine, le Zika, les dick pics, les gens qui ne savent pas comment prendre un rond-point, etc.

Il est donc normal de nous attribuer, encore une fois, le « mérite » du mal des enfants au XXIe siècle : le TDAH!

Selon une étude de l’Université d’Ottawa, plus une mère vit du stress pendant la grossesse, plus son enfant est susceptible de présenter des symptômes d’hyperactivité et des troubles du comportement, comme le fameux TDAH. Le stress chez la mère irait jusqu’à doubler les possibilités de développer de tels problèmes, car il modifierait le cerveau du fœtus en pleine croissance. On parle d’agressivité, d’attitude antisociale, de décrochage scolaire, de toxicomanie et j’en passe.

L’étude a été menée par Ian Colman, professeur agrégé à la faculté de médecine de l’Université d’Ottawa, et présentée dans la revue Biological Psychiatry. Il faut payer pour lire l'article au complet, mais des résumés ont été présentés ici, ici et ici (en anglais).

Passons outre le fait que c’est encore un homme qui dirige l’étude. Ce qui me dérange, surtout dans les conclusions médiatiques (et je suis une fille des médias alors ça me fait un peu mal de le dire), c’est qu’on jette encore le blâme sur les femmes. On le fait naturellement, sans se poser de questions. On dit aux femmes « Fabrique un être humain, mais ne stresse surtout pas, parce que TU vas le fucker. » On leur demande de gérer leur stress en faisant du yoga plutôt que de s’attaquer aux causes de stress dans la société.



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Ce n’est pas une marche dans le bois qui aurait empêché ma collègue TPL Moms de stresser quand elle était enceinte et que son père mourait d’un cancer du cerveau. Si elle a dû composer avec un bébé aux besoins intenses (BABI), ce n’est pas parce qu’elle n’a pas assez fait de yoga!

Et cette autre, avec une ado anxieuse, a sûrement très mal géré son stress quand elle a eu la C-difficile enceinte.

Pour ma part, je ne m’étonnerai pas si mon enfant développe de l’agressivité, puisque mon employeur a procédé à une grande vague de coupures et que j’ai vraiment eu peur pour mon emploi alors que je commençais à peine à me douter de ce qui se passait dans ma bedaine.

Le stress n’est pas un choix. Oui, on peut apprendre à le gérer en partie. Mais on ne peut pas se lever un matin et décider de ne pas angoisser, surtout que nous vivons dans une société axée sur la performance! Nous devons être parfaites, belles comme dans les magazines, des employées 100 % dédiées, des ménagères impeccables et des amantes insatiables.
 


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Nous sommes privilégiées de vivre dans un pays où nous pouvons prendre un congé de maternité, mais cela ne règle pas tous les problèmes. Pour chaque enfant, une femme risque de perdre 2.5 années d’avancement professionnel. Dans la majorité des foyers, les femmes sont celles qui portent la plus grande part de charge mentale. Environ 1 femme sur 3 sera victime d’agression sexuelle et, si elle dénonce, elle risque de subir le tribunal populaire bien plus que son agresseur. Ajoutez à ça que c’est stressant à la base, une grossesse. Il y a plein de choses à penser et à préparer, on doit éviter différents aliments, on vit avec la crainte constante de perdre cette vie qui grandit en nous, on reçoit des dizaines de commentaires non sollicités… il y a de quoi se sentir nerveuse.



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C’est correct qu’on fasse le lien entre stress prénatal et troubles du comportement, si on s’emploie ensuite à trouver des solutions collectives plutôt que de rejeter le blâme sur la femme qui « ne gère pas bien son stress. »

Il faudrait se demander : « Comment je peux, en tant qu’homme, en tant qu’employeur, en tant que société, aider les femmes à vivre moins d'angoisse? »

Et même si le chercheur lui-même le dit, ce n’est pas l’aspect qu’on met à l’avant-plan. On titre « Chill out, mom » ou « On respire » au lieu de « How we can help mom avoid stress » ou « Stress prénatal et troubles de comportement : défi d’une société. »

Qu’on parle de santé mentale. Qu’on combatte véritablement les agressions. Qu’on donne des chances et des salaires égaux aux gens de tous les sexes et de toutes les races. Qu’on écoute les femmes au lieu de penser pour elles. Qu’on travaille ensemble, pour une fois, bordel.

Croyez-vous que la façon des de traiter de telles études est problématique?

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