Au tout début de ma maternité, dans les premiers mois d’adaptation où j’avais l’impression d’avancer à tâtons dans l’obscurité, j’étais tombée sur un article de blogue qui avait attisé encore plus mon anxiété de nouvelle mère. Ce n’est pas le sujet de l’article en tant que tel qui m’avait terrifiée (un truc sur l’allaitement), mais une phrase, dont je me souviens encore : « Rien ne sert de lire des livres [sur la parentalité] : apprenez à lire votre bébé. » C’est fou comme une petite phrase à l’apparence banale peut parfois provoquer un tremblement de terre chez quelqu’un à la confiance un peu fragile.
 
Cette invitation à apprendre à « lire » mon enfant mettait le doigt sur une de mes plus grandes inquiétudes. « Et si je le lis mal, mon bébé? Et si je me trompe? » J’étais obsédée par cette idée que j’étais incapable de bien lire mon bébé. Je savais qu’il s’agissait d’un apprentissage, qu’il me fallait du temps pour m’adapter à ma nouvelle vie. Je savais que je devais être indulgente avec moi-même, que je devais accepter mes erreurs, ravaler mes doutes, foncer et faire du mieux que je le pouvais. Et pourtant, malgré mes efforts pour être douce avec moi-même et renforcer ma confiance en mes capacités à prendre soin de mon enfant, j’étais terrorisée à l’idée de me tromper.
 
Je pense qu’on ne dit pas assez souvent à quel point l’entrée dans la maternité (et dans la parentalité en général) équivaut pour certaines personnes à une perte complète de repères. On change de rythme. Ce ne sont plus les mêmes choses qui nous épuisent. Nos relations (avec nos ami.e.s, parents, amoureux.se) se transforment. On vit parfois beaucoup de solitude, et même de l’isolement. En tout cas, moi j’ai senti que je perdais tous mes repères, et ça a eu entre autres comme effet de me faire douter de tout ce que je faisais.
 
Et cela provoquait aussi chez moi beaucoup de frustration. J'étais fâchée de trouver la tâche si difficile alors qu’il me semblait qu’elle était évidente pour tant d’autres mères. « Je veux bien "apprendre à lire mon bébé", mais je n’y arrive pas! Pourquoi, pourquoi est-ce que je rush tant? » Le fait que je trouve ça difficile me confirmait en quelque sorte que je n’étais pas à la hauteur. Je me sentais complètement inadéquate.
 
Malgré tout, j’avançais. Je faisais de mon mieux. Peu à peu, je me suis créé des repères : l’allaitement, la discussion constante avec des ami.e.s nouveaux parents, réfléchir les soins apportés à mon enfant comme un travail de « care », et bien sûr, les sautillements de ma petite, qui me nourrissaient de bonheur. Je me suis aussi obligée à « évacuer le trop-plein » régulièrement, c’est-à-dire à m’offrir des moments où je pouvais me laisser complètement aller, sans contrôle ni pression, à pleurer si c’est ce dont j’avais besoin, ou à faire la fête, ou à simplement être seule pour écrire.
 
La confiance n’est pas apparue du jour au lendemain. Ma crainte de « mal lire » mes enfants me revient de temps en temps. Mais j’ai appris, et je continue d’apprendre, à me faire confiance. À nous faire confiance.
 
Avez-vous vécu l’entrée dans la parentalité comme une perte de repères? 

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