Ma fille est une jeune bambine, et enfant unique. Ce qui fait que dans une journée, il peut y avoir jusqu’à trois ou quatre personnes qui nous demandent, à mon partenaire ou à moi, « C’est pour quand le prochain? »

J’ai toujours voulu deux enfants et j’ai su, dès que j’ai émergé du brouillard des premières semaines de la phase nouveau-né avec ma petite, que la famille n’était pas terminée. Alors, pour quand le
prochain? La question est super légitime, et en même temps un peu plus compliquée qu’il n’y paraît.
Le premier facteur qui m’a préoccupée est la fatigue. Avoir un bébé m’a frappée comme un dix roues qui te roule sur le corps toutes les nuits pendant un an. Encore maintenant, ma fille n’est pas passionnée par le sommeil et il lui arrive de se réveiller la nuit. Bref, si j’attends d’être tout à fait remise de mes nuits sans sommeil, je pense que mes enfants vont avoir 7 ans de différence… alors que j’ai toujours pensé que 2 à 4 ans d’écart fonctionnerait mieux dans notre famille. Il est donc venu un moment où j’ai réalisé que 9 mois de grossesse + 3-6 mois d’essais, c’est beaucoup de mois et que comme je ne me sentais pas comme une morte-vivante la majorité du temps, il serait sûrement le temps de démarrer notre projet.

Sauf que. Avec la sensation quotidienne d’un camion qui passe sur mon corps, avec les jongleries de l’horaire familial où mon temps libre (ou mon temps d’activité physique) est pratiquement inexistant, je suis loin d’être au sommet de ma forme physique. Est-ce que je me sens capable, physiquement, de porter un enfant? En tant que personne ayant souffert de troubles alimentaires, est-ce que je pourrai affronter le chiffre sur la balance qui monte constamment, hors de mon contrôle? La peur de grossir, ma propre grossophobie intériorisée, peut facilement empirer enceinte, à un moment vulnérable où mes peurs sont renforcées par celle des professionnels de la santé, qui mesurent scrupuleusement chaque livre prise.

Pour moi qui ne tripe pas sur les hôpitaux, être enceinte ça veut aussi dire être prise en charge par le système de santé. C’est devoir subir des tests et des examens que je trouve parfois invasifs. Je me prête au jeu pour le bien de mon bébé, évidemment, mais ça reste une source de stress pour moi. Ayant de la difficulté à concevoir en plus, je dois vivre un plus grand nombre d’interventions que la majorité des personnes voulant un enfant.

Bref, à quand le prochain? Quand mon coeur a été plus attendri par le désir d’avoir un nouvel enfant qu’il n’a été angoissé par mes peurs, j’ai su que c’était le bon moment.

Mais quand même, entre la grossesse, l’accouchement, la prise en charge d’un être humain
vulnérable : je suis constamment émerveillée par la résilience des femmes et des parents qui sont prêt.s à plonger tête première dans ce qui leur fait le plus peur.

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