Ces jours-ci, comme à chaque année à cette période, j’écoute beaucoup la playlist de mon premier accouchement. C’était il y a 4 ans moins deux semaines. Lugu-Lugu Kan Ibi, de David Darling et les Wulu bunun, m’emportait vers la naissance de ma fille. J’écoute cette chanson et j’ai la même impression qu’alors : on dirait des étoiles qui chantent.

C’est fou la force qu’a la musique pour nous ramener dans l’ambiance de l’époque où nous l’écoutions. J’ai l’impression d’y être. Je revois le pont Jacques-Cartier éclairé, alors que le taxi nous amenait à l’hôpital, les phares de la file de voitures sur Notre-Dame, qui traçait comme un chemin, un tapis de lumière me menant vers l’avenir. J’étais exaltée, droguée d’endorphines, je savourais chaque contraction avec douleur et emportement.

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Les contractions avaient débuté la veille, vers 17 h, et mon chum et moi avions passé une nuit de latence en demi-sommeil. Je me souviens du jour qui se lève à travers les rideaux de notre chambre, et nous qui nous nous regardons amoureusement, conscients de ce qui se passait. Nous allions devenir parents : ça y était.
 
L’avant-midi avait passé tranquillement, je marchais dans la maison, balançais mon bassin, la musique m’accompagnait. Mon chum me faisait des points de pression, me regardait, tout était calme. À un moment, j’avais commencé à chanter mes contractions, sons graves, ronds et longs. Vers 13 h 30, nous calculions plus sérieusement l’intervalle des contractions, elles se rapprochaient. Nous avons appelé la sage-femme, qui nous dit de continuer de nous reposer, qu’elle passerait bientôt.
 
Elle arriva vers 16 h, observa mes gestes et mes sons, et proposa de m’examiner, question de savoir si nous devions partir vers l’hôpital, lieu prévu de l’accouchement [1]. J’étais dilatée à 5, il fallait partir. Pendant que mon chum rassemblait tout et appelait et rappelait le taxi pour savoir pourquoi il n’arrivait pas, j’étais déjà « partie », il me semble, envolée vers la naissance. Eh puis il y avait cette musique. Comme si les étoiles chantaient.
 
La ride de taxi est vraiment un des plus beaux souvenirs de mon accouchement. Je pense que c’est l’image du passage : je quittais une vie, la laissais derrière moi, et on m’amenait vers une nouvelle réalité. Je me souviens de la contraction, plus douloureuse, dans le hall de l’hôpital, et du sourire de ma sage-femme à l’arrivée dans la chambre. Des cris des autres femmes en train d’accoucher, aussi, qui me donnèrent le frisson.

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La nuit commença par une stagnation du travail. Vers minuit, j’étais dilatée d’à peine un centimètre de plus qu’à 16 h. Je perdis mes eaux alors que ma sage-femme m’examinait, ce qui lui permit d’observer que la tête de ma petite était un peu penchée, expliquant que les contractions aient ralenti. Nous nous mîmes à marcher, à faire des steppettes sur un petit banc. Nous allâmes monter les marches dans la grande cage d’escalier, un étage, deux étages, ouf. Je me souviens de mes « chants » (qui ressemblaient de plus en plus à des cris) qui résonnent dans la cage d’escalier, envahissants, et pourtant pleins d’un écho réconfortant.
 
J’essayai le bain. Mon chum continuait à me masser les mains, les pieds, à appuyer là où il fallait. Je me mis à fredonner une autre chanson, la nuit est pleine de mailles, on peut voir les étoiles, et il m’accompagna. Ma sage-femme était assise par terre au coin de la porte, elle nous écoutait. Je parlai de ma grand-mère, qui accoucha 8 fois, et de mon grand-père, médecin accoucheur, qui accompagna des milliers de femmes dans ce passage vers la naissance. Je dormais un peu, aussi, entre chaque contraction.
 
Les contractions ralentissaient. Vers 3 h du matin, ma sage-femme proposa qu’on essaie le tire-lait. Nous devions stimuler le travail. Assise sur le ballon, les deux seins branchés sur la machine, les yeux plantés dans ceux de ma sage-femme, j’attendis. Et rien ne se passa. Plus tard, ma sage-femme me dit qu’elle avait pensé que j’avais un utérus rebelle : à chaque chose qu’on essayait (positions, mouvements, massages, tire-lait) il refusait d’obtempérer.

Elle proposa que nous nous reposions, que nous arrêtions « d’essayer » différents trucs, et que nous voyions où nous en étions une heure plus tard. Nous dormîmes, étonnamment, entre mes contractions qui étaient maintenant aux 10-15 minutes. Elles étaient douloureuses, piquantes. Chaudes d’une nouvelle lumière. J’essayais de les prendre, mais j’étais fatiguée. Après 15 heures de latence et 15 de travail actif, je commençais à souhaiter que tout ça cesse rapidement.  

À suivre.
 

Crédit : David Darling et les Wulu Bunun/YouTube

[1] Comme vous le savez peut-être, les sages-femmes accompagnent les accouchements à la maison, en maison de naissance, ou à l'hôpital, selon le choix de la femme qui accouche. Pour mon premier accouchement, nous avions choisi l'hôpital, puisqu'il n'y avait pas de maison de naissance dans notre secteur. Pour mon deuxième accouchement, tout se passa à la maison.

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