Le gâteau d’anniversaire. Réflexions un brin philosophiques sur la répétition dans la maternité

Crédit photo: Annie Spratt/Unsplash Le gâteau d’anniversaire. Réflexions un brin philosophiques sur la répétition dans la maternité

Tout à l’heure, j’étais en train de préparer le gâteau d’anniversaire des deux ans de mon fils (un traditionnel gâteau aux Smarties), et alors que j’avais une main dans la farine et les yeux sur ma recette, je me suis surprise à avoir exactement la même pensée qu’à toutes les fois que je fais ce gâteau. « 1 tasse ¾ de sucre! ‘Me semble que c’est ben trop! » C’est alors que ça m’a frappé : ma vie est tellement répétitive, que chaque année, quand je prépare le gâteau de fête de mon enfant, j’ai la même pensée. Ma vie est un éternel retour du même.
 
On pourrait croire que cela m’aurait déprimée, mais pas du tout. Au contraire, j’ai tout à coup été envahie d’amour pour mon enfant, je me suis revue l’année dernière, en train de préparer son premier anniversaire, et j’ai mesuré tout le chemin parcouru cette année. Je me suis sentie fière de tout ce temps que je mets à prendre soin de lui au quotidien, même si tout cela est vraiment répétitif.

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Ben oui, on se répète. On répète les mêmes gestes, les mêmes mots, jour après jour après jour. Notre vie de soin (de '' care '') est rythmée par la routine – routines du matin, routines du dodo, rituels anniversaires, petites traditions. C’est cyclique, ça suit le jour et la nuit, les saisons, la rotation de la Terre, la révolution lunaire. C’est un éternel retour du même, mais en même temps, ça change toujours un peu, ça évolue (ils grandissent). 
 
C’est drôle parce qu’il me semble qu’avant, mon seul but dans la vie était que celle-ci ne soit pas répétitive. Dans la vingtaine, j’ai construit mon identité sur cette idée que le goût de l’aventure devrait guider tous mes choix, et qu’une vie dans le style « métro-boulot-dodo » était la dernière chose qui pourrait me convenir. Et c’est vrai qu’à l’arrivée de mon premier enfant, j’ai rushé pas mal avec le rythme que m’imposait la maternité (‘sti que je trouvais ça plate). Mais avec les années, on dirait que je me suis peu à peu approprié cette temporalité de la répétition, et que j’y découvre un plaisir que je n’aurais pas imaginé. Bien sûr, il y a des jours où je suis tannée que toutes mes soirées se ressemblent, mais il y en a d’autres où je mesure l’importance et la force de cette répétition qu’impliquent prendre soin des enfants. Tout l’amour qui est mis là, dans ces gestes posés à nouveau, il me semble que c’est très fort. C’est un peu comme un tissage qui trouve sa force dans la liaison répétée de chacune de ses mailles.  
 

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Il y a quelques jours, je suis tombée sur ce texte de Marie-Anne Casselot qui propose une réflexion sur la répétition et la transmission féministe. Je suis d’accord avec l’autrice sur le fait que répétition ne signifie pas nécessairement aliénation, et qu’il faut revaloriser la répétition (et le care en général) dans nos discours féministes. Casselot a une très belle manière de le dire : « Les expériences répétitives peuvent ouvrir  des mondes  si on se les réapproprie de façon créatrice et neuve ». Il y a de quoi méditer longuement. 
 
Ça fait que tantôt, quand j’ai eu conscience que je répétais les mêmes gestes de maman pâtissière que l’année dernière, quand j’ai réalisé à quel point ma vie était faite de toutes ces petites répétitions anodines, mais que ce n’était pas si mal non plus parce qu’elles viennent avec une tonne d’amour, j’ai pensé à cette idée que nous sommes en fait en train d’ouvrir des mondes (avec et pour nos enfants). 
 
Comme quoi un gâteau aux Smarties peut être source de grandes réflexions!
 
Trouvez-vous votre vie répétitive? Vous plaisez-vous dans cette répétition? 

Psssttt ! Envoie-ça à ton ami!

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