Vendredi dernier à Griffintown : ça aurait pu être moi

Crédit photo: freestocks-photos/Pixabay Vendredi dernier à Griffintown : ça aurait pu être moi

Samedi je terminais un projet de rénos à la maison. Mon frère, venu m’aider, m’apprend la triste nouvelle :
 
« As-tu entendu ça? Y’a un père qui a oublié son bébé de six mois dans son auto hier. C’est à côté de ta job. »
 
Ça m’a pogné au ventre. Une douleur. Un spasme. Les premiers mots dans ma tête : « ça aurait pu être moi ». Je ne sais pas si c’est ma proximité avec l’évènement qui m’est si puissamment rentré dedans, mais j’ai demandé à mon frère de se taire. Je n’étais pas capable d’en parler. C’est trop horrible. Impensable. 
 
La garderie Imagination, ça fait six mois que je passe devant à pied chaque matin et chaque soir. Souvent, je croise le regard d’un p’tit mousse qui ressemble à mon p’tit loup pis j’m’ennuie automatiquement de mes enfants. Si je suis sur le chemin du retour, je presse le pas pour rentrer plus vite. A contrario, si on est le matin, je ralentis le pas. Plus certaine de vouloir ajouter une distance supplémentaire entre moi et la maison. 
 
Ça aurait pu être moi.

Moi qui ai déposé mes enfants d’innombrables fois à la garderie en vitesse. Un bec, un tata dans la fenêtre pis ciao-bye! Quand la tête est déjà au bureau, mais que le corps répète la routine du matin. Quand tu t’impatientes contre le plus petit qui a ENCORE perdu ses mitaines parce que t’es déjà en train de composer une réponse au courriel de ta boss que t’as entendu rentrer dans ta boîte. Parce que ton cellulaire fait bip chaque fois que le travail prend le dessus sur le reste. Parce que tu pilotes en automatique au moment où la vie, elle, a son propre fuseau horaire. Celui du réel, celui dans lequel vivent aussi tes enfants.
 
On est ben bon pour se dire qu’on est différent, qu’on ne fait pas partie de la masse grise, le troupeau de fourmis entassé dans le métro qui marche tête baissée vers le boulot, laissant derrière elles leur.s trésor.s dans les bras d’éducateur.trice.s bien attentionné.e.s. J’aimerais ça, penser que j’ai évité cette tragédie parce que j’ai mieux fait, mieux agi.
 
Mais non.
 
C’est la tragédie qui m’a évitée. Pas le contraire.
 
Vendredi dernier y’a une petite vie de six mois qui s’est éteinte à Griffintown. Vendredi dernier, y’a un p’tit cœur qui s’est endormi, entouré de mille zombies qui ont quitté le bureau plus tôt parce qu’il faisait donc beau et chaud. 
 

Psssttt ! Envoie-ça à ton ami!

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