Maman, pourquoi ma sœur n’est pas de la même couleur que moi?

Crédit photo: briefkasten2/pixabay Maman, pourquoi ma sœur n’est pas de la même couleur que moi?

Comme toujours, c’est dans des moments random que les plus grandes questions de mon petit émergent.
 
C’était un mardi matin d’école tout ce qu’il y avait de plus ordinaire si ce n’était que son père était absent. Notre matinée avait commencé tout en douceur, nous avions paressé au lit, mon grand, ma petite et moi. Lorsque nous nous sommes finalement levés, je pensais pouvoir entamer la journée comme d’habitude, un peu pressée, mais pas encore en retard. Puis, en pyjama, sans le premier café dans le corps, entre le biberon de l’une et la toast de l’autre mon fils a poppé la question raciale : Maman, pourquoi ma sœur n’est pas de la même couleur que moi?

S’il ne s’en était tenu qu’à celle-là, ça n’aurait pas été le marathon de la réflexion sociologique avant 7h15 le matin, mais il en avait des tonnes, toutes plus chargées les unes que les autres :

  • Qu’est-ce qui fait que les gens sont de différentes couleurs?
  • Est-ce que les gens changent de couleur de peau?
  • Pourquoi on dit que des gens sont Blancs quand ils sont roses?
  • Qui a décidé d’appeler la couleur des gens Blanc, Brun ou Noir?
  • Est-ce que des fois les gens veulent changer de couleur de peau?

 
C’est sûr que je pouvais facilement détourner son attention, packter son lunch et me négocier un matin plus relax exempt de questions existentielles en lui faisant remarquer l’heure tardive et l’école qui allait débuter bien avant que nous puissions aller en profondeur dans une véritable réflexion sur la couleur de peau.

Mais si mon petit garçon brun-beige se posait toutes ces questions, c’est qu’il était à ce point de sa vie où il remarquait sa différence d’avec la norme. Je ne suis pas seulement sa mère ou même une alliée, je suis faite de la même écorce : tandis que son père et sa sœur sont roses Blancs, lui et moi avons le teint basané qui se heurte au froid de février. Dans sa classe, la majorité des enfants sont Blancs et il commence à le remarquer.
 
Je me suis donc assise, sans café et je lui ai dit tout ce que je savais. Nous avons pris le temps de décortiquer la « race ». Oui, le monde divisait les gens en couleurs. Que deux personnes de couleurs différentes peuvent créer des humains de tons variés, pas seulement avec la couleur, mais aussi la grandeur, le type de cheveux, la couleur des yeux. Que comme bien des choses, c’était un spectre et que les Noirs que l’on place sous une seule catégorie sont de teints différents, de la même façon que les Blancs le sont. Sauf que même s’ils étaient Blancs, les personnes pâles se définissaient rarement comme des gens de couleur. Et que c’était injuste. Et que de ce fait, certaines personnes souhaiteraient changer de couleur, mais que personne ne peut vraiment. Sauf quand on bronze, mais que souvent, ce sont les personnes brunes qui bronzent le plus.
 
Je lui ai dit que je comprenais ses questions. Que c’était toujours bizarre que quelque chose d’aussi anodin nous divise, mais que ça existait et que c’est vrai qu’il y a des gens ne voient que ça. Que des fois, moi-même je ne vois que ça, ma couleur. Et que c’était correct comme ça.
 
Pour finir sur une note moins lourde, je lui ai avoué que sa sœur serait probablement un jour jalouse de sa couleur de peau comme son papa pouvait des fois l’être, parce qu’elle était si magnifique. Il a dit « oui, parce que papa est tellement rose que des fois on dirait qu’il a un coup de soleil! »
 
Même si c’était intense, je ne voulais pas éviter la conversation sur le racisme. Elle sera à faire et à refaire plein de matins random, je le sais et je veux qu’il se sente toujours accueilli dans ses questionnements et expériences. Nous sommes arrivés flush à l’école, mais ensemble nous avions fait un long chemin.

Psssttt ! Envoie-ça à ton ami!

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