Maman, pourquoi tu restes en pyjama?

Crédit photo: Unsplash Maman, pourquoi tu restes en pyjama?

« Maman, pourquoi tu restes en pyjama? »
Ma grande m'a posé cette question un matin.
Un matin que je suis allée la reconduire à l'école en pyjama.
Elle le sait bien, que d'habitude je m'habille swell et que j'enfile des talons hauts.
Ce n'est pas vraiment normal, que je reste en pyjama mou avec une couette floue.
C'est que je suis en arrêt de travail.

Qu'un moment donné, j'ai arrêté de fonctionner, même de pouvoir me lever.
C'est que des événements traumatisants m'ont déréglé la tête et le corps.
Ça s'appelle dépression majeure et syndrome de stress post-traumatique.
Ça va de mieux en mieux.

Mais reste que je dois m'occuper de mes enfants.
Et que ma grande regarde mon accoutrement d'un oeil dubitatif.
Qu'elle se pose des questions.
Auxquelles je ne sais vraiment pas comment répondre.
D'une part parce que je suis moi-même dans le déni.
Que je veux faire semblant que tout va bien.
La superwoman n'est jamais loin.

Et aussi parce que je veux la protéger, ne pas l'inquiéter.
Mais là je sens que ça manque de transparence.
Que pour la protéger, je la tiens à l'écart de moi et de son propre instinct.
Je ne sais pas quoi faire.

Alors j'ai demandé aux TPL moms-and-dads.
Comment vous parlez de santé mentale à vos enfants, vous?
Il n'y a pas de formule magique. Ça dépend de l'âge des enfants et d'une tonne de choses. Mais voici ce qui m'a aidée :

Se permettre de twister un peu la réalité:
- Une fois mon enfant m'a demandé « c'est quoi ça? », quand je prenais mes antidépresseurs. J'ai dit que ce sont des vitamines. Un genre de mensonge pieux dans un contexte où je ne me sentais pas d'attaque pour expliquer.

Mais pas trop :
- Je disais à mon enfant que j'allais voir le médecin à chaque fois que j'allais voir le psychologue, mais je me suis rendu compte que ça l'inquiétait davantage. Finalement je lui ai expliqué que j'allais voir quelqu'un pour parler, que ça m'aidait beaucoup. Je me suis dit que ça démystifie la thérapie.

Faire des parallèles avec la santé physique :
- C'est comme si j'avais un gros rhume, ça me fatigue beaucoup et je dois beaucoup me reposer.
- C'est comme si je m'étais cassé la jambe, ça prend du temps à guérir avant de marcher dessus. Là  je dois prendre le temps de guérir ma tête avant d'aller travailler.

Utiliser les jeux de rôle :
- Toutous et poupées peuvent servir pour faire des jeux de rôle, où une maman ne va pas travailler et reste en pyjama par exemple, pour expliquer ce qu'il se passe d'une façon ludique.

Rassurer :
- Je prends soin de moi pour aller mieux.
- Je vois le médecin/psychologue souvent pour avoir les soins dont j'ai besoin.
- Même si je suis plus fatiguée je suis avec vous de tout mon coeur.

Lire :
- Il pleut à la maison, Parler de votre santé mentale à vos enfants. De l'aide concrète pour parler avec authenticité. Des histoires métaphoriques pour les plus petits. Super aidant. Ça m'a surtout confirmé que mieux vaut en parler que continuer de ne rien dire.

Finalement, j'ai expliqué à ma grande que j'étais en arrêt de travail. Que j'avais besoin de repos pour que ma tête, comme une jambe cassée, se remette. Ça a ouvert une porte et cassé une barrière que j'étais en train de construire entre elle et moi. Je sens que nos prochaines discussions sur le sujet, s'il y en a, pourront être plus spontanées et légères. Je sens que ça m'a donné le droit d'être plus authentique. Et que si un jour elle fait face, elle aussi, à des troubles de santé mentale, elle saura que sa mère s’est déjà arrêtée de travailler un moment. Et j'espère qu'elle viendra m'en parler.

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