Alors, soulagé de ne pas avoir une fille?

Crédit photo: Unsplash Alors, soulagé de ne pas avoir une fille?

J’ai moi-même eu peur d’avoir une fille. J’avais peur de moi. J'étais le père de deux garçons et j’ignorais totalement s’il y avait des différences en devenant le papa d’une fille. Je me suis remis en question et ça m’a rendu anxieux pendant un bon moment. Mais à un certain point, je me suis dit qu’il fallait accueillir ce doute, qu’il était même positif pour évoluer dans ma paternité. 

La peur dont je veux parler, cependant, est toute autre. J’ignore si vous avez entendu cette remarque autant que moi, mais elle me titille à chaque fois: « Moi, en tout cas, je suis bien content de ne pas avoir eu de fille, dans un monde comme le nôtre! » . Ce commentaire, je l’ai entendu souvent en attendant la naissance de notre Ellie ou en échangeant avec d'autres parents qui n'ont pas eu de fille. Ça me paralyse à chaque fois.

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Je me suis demandé si cette peur d’avoir une fille était fréquente ou si j’étais simplement entouré de personnes qui avaient des préférences et des peurs particulières. Google is my friend : en faisant des recherches rapides, je me suis rendu compte que les témoignages sur la peur de donner naissance à une fille foisonnent. Il y a une tonne de forums, de groupes et d’articles à ce sujet. Et bien qu’on puisse aussi en trouver, il est beaucoup plus difficile de débusquer quelque chose d’équivalent pour les garçons.

Ce soulagement de ne pas avoir de fille « dans un monde comme le nôtre » révèle deux choses, à mon sens : on est prêt à reconnaître que le monde est problématique et hostile envers les femmes, mais du même coup on préférerait que cela ne nous concerne pas. Or, que l’on soit parent ou non d’une jeune fille, nous sommes tous concernés. Encore plus si nous sommes le parent d’un garçon, il me semble. Par exemple, on peut bien avoir peur des statistiques concernant les violences sexuelles faites aux femmes, mais rappelons-nous qu’au dessus de 94% des agresseurs au Québec sont des hommes, selon les données de la sécurité publique du Québec.
 

Quand quelqu'un me dit avec légèreté qu'il est soulagé de ne pas avoir de fille, je pousse son raisonnement jusqu’au bout dans ma tête. Au final, n'est-ce pas une forme primaire de sexisme où l’on responsabilise une fille qui n'est pas née pour les violences qu'elle pourrait subir?  Genre : au lieu de réfléchir à ce qu’il y a de problématique dans notre monde au niveau du bien-être des femmes, on préfère blaguer que ce serait plus simple qu'elles ne naissent pas du tout, ou pas dans notre famille. Avec ce même raisonnement, on pourrait dire que « le racisme disparaitrait si les autres cultures disparaissaient ». Ou alors « qu’il n’y aurait pas de comportements homophobes s’il n’y avait pas de personnes homosexuelles » . 

Je souhaiterais simplement que chaque naissance soit une opportunité d’espoir plutôt qu’une condamnation basée sur le sexe. Pour l’instant, ce genre de réflexion me donne plutôt l’impression que les garçons naissent avec tous nos applaudissements et la chance de s’autodéterminer, alors que l’on considère avant terme que les filles sont destinées à être des sources de problèmes.

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