« Est-ce qu'il fait ses nuits? » ou la pression d'avoir un « bon » bébé

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Avec la petite troisième qui m’arrive 5 et 8 ans après les deux grands, je me sens plus assurée comme maman.  Le corps et l’esprit se souviennent. Je suis enchantée de me remettre aux couches, à l’allaitement, aux nuits écourtées. Je ne ressens plus le besoin de valider ce qui me semble naturel. Cela dit, je reste surprise de constater que mon entourage, lui, semble concerné à savoir si j’ai un « bon bébé » et cette pression, elle, me rappelle mes premières expériences maternelles. Est-ce que les « mauvais bébés » existent?

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Selon cet entourage, un bon bébé dort toute la nuit, ne pleure pas « pour rien », ne boit pas « trop souvent », aime les inconnu.e.s, se laisse poser sans problème (surtout lors des repas) et ne dérange pas les conversations.

Ça semble bien important! On veut aussi savoir si je suis une « bonne » maman, si j’allaite (« Il faut! »), combien de temps je compte allaiter (« Pas trop longtemps, quand même! »).  Pourtant, j’ai le sentiment qu’on oublie l’essentiel.

En 8 ans, on ne m’a jamais demandé si mon enfant souriait, s’il semblait heureux, si j’observais chez lui des signes d’un développement sain ou d’un attachement sécure. Si quelqu’un l’avait fait, j’aurais pu répondre que bébé cherche notre regard et s’amuse au son de nos voix, que les réveils nocturnes et la fréquence des boires varient selon sa croissance, que les bébés développent leur attachement et qu’ils ont besoin de nos bras, qu’ils pleurent pour s’exprimer. Mais non, on me demande plutôt si mon enfant dort en continu et, si je mens en répondant que oui, on conclue à un bon bébé.

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Nouvellement maman, cette pression m’envahissait. Je mentais aux gens. J’étais réactive. Je vivais chaque moment comme s’il allait durer éternellement. Si bébé s’endormait au sein, je tentais, manuel à la main, de l’endormir autrement. Aujourd’hui, je sais bien que les choses ne se règlent pas d’elles-mêmes, mais qu’elles évoluent. Je sais bien que les siestes en porte-bébé ne dureront pas six ans. 

À l’époque, une psychologue avait donné un conseil simple à la maman désemparée que j’étais. Tiraillée entre les cododos avec une fillette d’un an, le bonheur de ces moments cachés, la pression de l’entourage et l’urgence de la remettre dans son lit, je cherchais le miracle: « Le temps passera, tu pourras lui expliquer avec des mots ».  C’était un conseil sans éclat, mais comme prévu: le temps, la communication, la routine et les histoires avec maman ont ramené ce bébé imparfait dans son lit, au bon moment. 

Aujourd’hui, je ressens davantage le besoin ralentir et vivre pleinement ce qui est, maintenant. Il n’y a pas de bons ou de mauvais bébés, juste des bébés. Je savoure les nuits à allaiter, les repas debout et les siestes en portage. Je ne suis pas moins fatiguée, mais j'apprécie ces moments, car je sais qu’ils nous fileront entre les doigts et que, lorsque ma fille aura 5-10-15 ans, je m’ennuierai de ces moments et de ce bébé imparfait. 

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