Se loger à Montréal, un véritable défi pour la famille moyenne

Crédit photo: anatol rurac - Unsplash

« Crois-tu que pour ce prix, on pourrait avoir un condo? » : la question de mon chum à la sortie d’un appartement trop petit pour notre famille de 5. Environ 800 pieds carrés sur une rue passante: de minuscules pièces, des armoires à changer, des planchers brisés, une porte de lavoir qui m’est restée dans les mains. Ce prix? 2000$ par mois, rien d’inclus.   

La vie m’a amenée à déménager souvent dans mon Montréal préféré. Pour concilier famille recomposée et travail, cette année, nous tentons de nous rapprocher du métro. Nous avons de bonnes cotes de crédit et références. D’habitude, c’est assez simple. Cette année… c’est la guerre! 

J’ai longtemps choisi de louer, jugeant que j’avais ainsi un appartement plus intéressant que si j’achetais (selon mes moyens). Cette année, le marché a changé. La ville fait même des publicités conseillant de ne pas donner d’avis de départ AVANT d’avoir signé un autre bail (ce qui réduit l’offre, non?).

Kijiji me fait drôlement penser à booking.com: de rares locations à long terme, des logements entièrement meublés loués aux mois ou à la semaine (n’amenez que vos valises!!!!!!!), des colocations entre 700 et 1000$ la chambre, des appartements à 2-3-4-5 mille dollars par mois.  On se retrouve coincés: visites de groupes, augmentation injustifiée et prix exorbitants, surenchère, dépôts de 1-2-3 mois. Mais voyons? Et mon chum et moi avons la chance d'avoir des ressources sociales et monétaires. Qu’est-ce qu’on offre aux familles plus vulnérables?

Crédit: Maude Chevanelle

Montréal! On t’aime tellement qu’on s’est tournés vers un courtier hypothécaire.

  • « Bonne chance! C’est vorace dehors! »  Ce sont ses mots, à la sortie de la banque.
  • « Vous êtes drôles de m’appeler pour un condo affiché depuis 5 jours. Une visite libre et on prend les offres. Il faudra être BIEN plus agressifs. »  a rajouté la première agente à qui j’ai parlé. Vendu!  Avec 50 000$ de surenchère. 

Plus tard, on me parlera de 50, 60…  80 000$ de surenchère sur un condo, 100 000 sur un « plex », 14 offres en une journée. On me parlera aussi de sourires, de joindre une photo de famille et une lettre de présentation à mon offre d’achat, de donner un éternel dépôt

Éternelle optimiste, je me branche sur Centris. J’y vois une nouveauté à un prix qui nous conviendrait, incluant une surenchère de 20 000.  J’apprends, vous voyez! Le lendemain, miraculeusement, la propriété a pris 40 000$. Les visites libres proposées la veille étaient aussi passées de 4 à 1, de 2 heures. Le site affichait « nouveau prix »?!

Ça gronde sur les réseaux sociaux.  Armés d’émoticônes haineux, on se répond: prix trop hauts, surenchère excessive, droit de louer « à qui on veut » et « au prix qu’on veut ». On me propose d’aller ailleurs… Point sur lequel j’aimerais revenir! 

JE SAIS que m’éloigner de Montréal me permettrait de trouver moins cher (assez loin, car la surenchère gagne aussi les banlieues). Mais quel message envoie-t-on aux familles montréalaises? Celles qui travaillent ici, élèvent leurs enfants ici et ne veulent pas les déraciner pour acheter?  Celles qui aiment Montréal, ses parcs, sa vie de quartier et ses transports en commun? L’amour de notre ville nous pousse à persévérer, mais à quel prix?

Psssttt ! Envoie-ça à ton ami!

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