Comme parents, on a été drillés à ordonner à nos enfants. « Fais ton lit. », « Ne touche pas à ça. », « Il te reste 5 minutes pour jouer, après c’est dodo. » L’enfant, lui, doit écouter. Il doit presque être docile, il ne doit pas s’obstiner. Chez moi, mon conjoint et moi en avons décidé autrement. Bien sûr, on donne des consignes à nos enfants. Par contre, quand ils négocient (je préfère ce terme à s’obstinent), nous les écoutons. Pas pour n’importe quoi, bien sûr! Mais si je dis à ma fille qu’elle a droit à 2 biscuits pour dessert et qu’elle demande à en avoir 5, il y a de fortes chances que je lui laisse en avoir 3.

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J’entends déjà les critiques : « Tu vas en faire des enfants rois! » Heum non, je ne crois pas. Je crois plutôt que je vais en faire des enfants qui savent ce qu’ils veulent et qui ne sont pas gênés de le demander. Plus encore, je crois que ça développera leur intelligence. Personnellement, je préfère avoir des enfants capables de négocier correctement et poliment que des enfants stoïques qui font tout ce qu’on leur dit sans poser de question. J’avance même que leur permettre de négocier respectueusement leur enseigne quelque chose de fondamental pour en faire des citoyens allumés : le jugement critique.

 

Je sais, ça rend notre vie de parents un peu plus difficile de penser de cette façon. J’en suis particulièrement consciente, car je suis enseignante. Évidemment, les enseignants, nous aimons avoir des élèves sages et calmes dans nos classes. Ils rendent notre travail plus facile. Par contre, est-ce que ce sont les élèves qui ne disent pas un mot plus haut que l’autre que nous remarquons et que nous nous disons : « Wow! Ce jeune va changer le monde! »? Habituellement, on se dit ça en pensant aux élèves qui, oui, nous challengent parfois avec leur tête forte, mais qui sont des leaders positifs qui savent questionner l’ordre et la société dans laquelle on vit. (Évidemment, les personnes silencieuses peuvent aussi changer le monde, je ne nie pas ça, c'est juste que ce n'est peut-être pas la première chose à laquelle on pense spontanément.) Et ça, selon moi, ça commence très jeune en demandant à ses parents un autre 5 minutes pour jouer avant de se coucher parce qu’on veut terminer notre casse-tête.

Cela étant dit, mes enfants ont un cadre clair, je crois que c’est essentiel et que ça les sécurise. Or, à l’intérieur de ce cadre, ils savent que leur voix compte et que je les écoute. Je crois qu’au fil du temps, ils apprennent les sujets sur lesquels il y a place à la négociation. Par exemple, ma fille de 3 ans ne s’obstine pas pour aller se coucher. Par contre, elle me demande souvent de faire des « p’tits spéciaux », comme elle aime tant les appeler. Pour elle, ça veut généralement dire manger un popsicle ou écouter un épisode, même si elle en a écouté un plus tôt. Si je lui réponds « non », elle va négocier. On va négocier ensemble. Des fois, elle aura ce qu’elle veut, d’autres fois non. Si je refuse, je lui explique la raison de mon choix et on passe à autre chose. La plupart du temps, elle n’en fait pas de cas.

Bref, je suis persuadée qu’en laissant mes enfants négocier, je leur apprends des choses pertinentes pour leur vie à venir. Puis, en discutant avec eux des raisons qui se cachent derrière mes choix et mes consignes, ils comprennent mieux quelles sont les limites et pourquoi elles sont importantes, voire nécessaires.

Laissez-vous vos enfants négocier?

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