Oui, je respectais la distanciation sociale. Oui, je désinfectais à l’eau de javel, diluée dans l’eau froide au bon ratio, tous les jours. Oui, je me lavais les mains. Oui, j’utilisais du gel hydroalcoolique. Oui, je lavais mon linge à l’eau chaude puis séchais au cycle le plus chaud. Oui, j’utilisais le cycle le plus chaud de mon lave-vaisselle (ma facture d’électricité s’en ressent d’ailleurs). Oui, je portais un masque propre correctement, sans y toucher.

Je faisais tout ce que je devais faire… Mais que s’est-il passé ? Mon conjoint était asymptomatique. Alors, me voilà, avec mes maladies chroniques, infectée par la COVID-19. Oui, j’ai passé les deux tests désagréables. Oui, j’ai respecté la quarantaine. Mais je n’étais pas préparée aux insultes. Je n’étais pas préparée aux jugements gratuits.

« T’aurais dû faire plus attention ! » Ah bon ? Bien sûr. Comment ? Déjà que nous étions en confinement total, nous interdisant de voir proches et amis, alors en plus, je ne devais plus enlacer ni mon enfant ni mon conjoint « au cas où » ? Plus aucune marque d’affection ? Jamais ? J’aurais dû m’exiler dans un autre appartement, briser ma famille, jusqu’au vaccin ? J’aurais dû garder mon masque 24h par jour, tous les jours ? Aller passer les tests de la COVID tous les jours ? Je vous le demande : Qu’aurais-je pu faire de plus ? Comment aurais-je pu me douter que malgré toutes mes précautions et le fait que mon conjoint et moi étions des cas à risque, qu’il serait asymptomatique ?

En plus d’être pro-masque, peut-on être pro-respect ? Peut-on aussi réaliser que j’ai été honnête. Dès que j’ai compris que j’avais la COVID (et c’est plus difficile qu’on pourrait le croire !), j’ai appelé à tous les endroits où j’étais allée en mentionnant les dates de mes visites. J’ai mis en garde les personnes que j’avais rencontrées lors de rendez-vous importants. J’ai fait tout ce qu’il fallait.

 

Plusieurs personnes auraient pu croire que ce n’était qu’une mauvaise grippe, mais j’ai été me faire tester pour être certaine de protéger tout le monde. Je me suis même excusée alors que j’avais tout fait pour me protéger et que cette situation était absolument hors de mon contrôle.

Et on m’a traitée comme si j’étais le bourreau, alors que je suis la victime. Et pourtant, de mon côté, je n’ai pas jugé important d’appeler la Terre entière pour savoir qui avait donné ce virus à mon conjoint, qui est tout aussi prudent que moi. Peut-être qu’il l’a attrapé d’une personne asymptomatique comme lui, ou d’une autre qui a éternué en pensant n’avoir que des allergies?

Est-ce que j’en veux à la personne qui a contaminé mon conjoint ? Pas du tout. Peut-être que cette personne ne le savait pas elle-même ! Cela dit, j’en veux à tous ceux et celles qui m’ont traitée en criminelle. J’en veux à tous ceux et celles qui m’ont jugéee. Je vous en veux terriblement. Le virus, je n’en voulais pas. Je l’ai eu. Et ce qui m’inquiète le plus, c’est que je ne sais pas ce que ça fera à long terme dans mon corps.

Alors, la dernière chose que j’ai besoin d’entendre, ce n’est pas un « T’aurais dû faire plus attention ! » Ce que j’ai besoin d’entendre, c’est : « Courage. Prompt rétablissement. » Et un bol de soupe de poulet maison, j’aurais bien aimé aussi, accessoirement. Ça ne guérit rien, mais c’est une attention remplie de douceur, de générosité, de positivité qui fait du bien à l’âme.

La maladie nous fait peur, parce qu’elle est imprévisible. On ne sait jamais sur quel côté on va tomber. Et du haut de mes trois maladies chroniques, j’étais bien la dernière à vouloir ce virus dans mon corps. Alors, s’il vous plaît : réalisez l’importance de vos mots. Réalisez que par votre négativité, votre manque de compréhension, vous poussez peut-être les gens à mentir sur leur état.

Nous sommes tous des victimes de la maladie : pas les bourreaux. Soutenons-nous. Encourageons-nous. Acceptons que nous ayons peur de la maladie. Que c’est anxiogène. Que nous créons un climat hostile. Et essayons de changer les choses pour du positif.

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