Je ne pouvais pas passer cela sous silence, parce que ce qui est arrivé à Joyce Echaquan, cette mère de famille de 37 ans, est injuste. Irréel. Elle s'est présentée à l'hôpital de Joliette il y a deux jours, pour y recevoir des soins. Dans un Facebook Live qu'elle a fait quelques instants avant de perdre conscience, et de mourir, on la voit supplier, hurler, se tordre de douleur. Au lieu de l'aider, les personnes présentes l'insultent, à coup de préjugés racistes.

Depuis hier, depuis que j'ai lu cette histoire, ça me bouleverse. Ça me fend le cœur. Cette femme, Joyce, et moi, nous avons le même âge, nous sommes toutes les deux mères. Elle aurait dû vivre. Elle aurait dû rentrer chez elle après avoir été aidée et soignée. Au lieu de ça, elle est morte dans des circonstances nébuleuses. Entourée de personnes qui n'avaient que du mépris et de la haine pour elle, pour son peuple. Un peuple que mes ancêtres colonisateurs ont volé, trompé, brisé.

Pour cette histoire qui fait surface, on en murmure des centaines d'autres, aussi horribles, voire pires. Des femmes autochtones brisées, violées, tuées, qui disparaissent du jour au lendemain. Des femmes qui n'osent pas se tourner vers le système mis en place pour ça. Parce qu'elles ont peur. Parce que l'enfer qu'elles vivent ou l'enfer que le système leur fait vivre est somme toute parfois semblable.

Mon premier réflexe, comme toujours lorsque je suis face à une situation semblable, c'est la stupeur, l'incompréhension. Comment peut-on refuser l'aide et le respect à une personne qui supplie et qui souffre, juste parce que ses origines ethniques diffèrent? Ou sa langue, sa religion, ses croyances? Dans la détresse, la souffrance et la maladie, nous sommes tous égaux. Du moins, dans mon esprit. Voilà pourquoi je n'y comprends rien.

Et là, je réalise que ma stupeur et mon incompréhension face à tant de haine s'expliquent parce que je suis blanche. Je n'ai jamais eu à craindre qu'on me ridiculise, qu'on m'insulte ou qu'on refuse de m'aider. J'ai eu facilement accès aux soins de santé, à l'éducation, à de l'aide quand j'en réclame.

Parce que je suis née de la « bonne couleur » pour cette province, ce pays.

Et il est temps que les choses changent. Il est temps de ne plus se voiler la face. D'arrêter de dire que les Québécois ne sont pas racistes. C'est notre société et notre système tout entier qui baignent, consciemment ou inconsciemment, dans ces préjugés qui provoquent ce qu'il importe de nommer: du racisme systémique. Il est temps qu'on brasse l'éducation de nos enfants, qu'on tue en eux ces patterns qui conduisent à tant de haine.

Depuis hier, partout on dénonce, on déplore. On se rassemble, on s'unit face à cette tragédie, avec le fol espoir que ce sera la dernière. Le mot-clic #JusticePourJoyce fait le tour du monde. Et c'est important d'en parler, de réfléchir.

Qu'on s'entende, je n'appelle pas à la haine envers le système, le gouvernement ou le corps infirmier. J'en appelle à l'ouverture d'esprit. À arrêter de catégoriser les gens de par leur différence. À arrêter d'avoir peur de ces différences. J'en appelle à ne plus jamais répondre à la différence par la haine.

Surtout, je souhaite que justice soit faite à cette femme, à tous ceux qui souffrent de la laideur du racisme. Leur faire justice veut dire, je crois, se souvenir, prendre conscience du problème, changer et s'éduquer. 

#JusticePourJoyce #JusticeForJoyce

Crédit:Oeuvre de Maïlys Flamand

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