Ma toute petite marmotte, en septembre, tu t’es logée au creux de mon ventre. Dès l’instant où je l’ai su, je t’ai aimé d’un amour viscéral. Après avoir eu deux enfants, tu étais pour moi un être très concret. Déjà, tu étais mon troisième bébé. Ton papa et moi t’avons assigné ton surnom, comme nous l’avons fait avec ta sœur et ton frère, en attendant de te voir la binette dans plusieurs longs mois.

Maintenant, quelques semaines après cette nouvelle qui nous rendait tous si heureux, tu as quitté mon corps. Je ne saurai jamais pourquoi. Est-ce parce que j’étais si stressée à l’idée de te perdre? J’ai essayé de me rassurer, de me calmer, je te le promets, mais l’angoisse est dans ma nature. Puis, ta vie était si fragile... Je n’ai pas réussi. Je me répète, tel un mantra, que ce n’est pas de ma faute. Je me répète que, peut-être, ta vie devait durer dix semaines, que tu n’étais pas prête pour plus. Dix semaines à te faire flatter via ma bedaine, à te faire bécoter par ta soeur, à te faire chanter des mélodies par papa, c’est agréable, non? J’espère que tu étais bien.

Tu sais, je t’écris parce qu’avant, je regardais mon ventre pour te parler. Où dois-je regarder, maintenant? Dois-je simplement fermer les yeux? Est-ce que tu sens mon amour? Que tu sois avec nous physiquement ou pas, ça ne change rien à tout l’amour que j’ai à te donner. Tu es mon troisième bébé et tu le resteras.

Ce matin, mon chien a sauté sur le lit. Comme toujours, j’ai mis mes mains sur mon ventre pour te protéger. C’était un geste futile. Je ne peux plus te protéger. J’essaye de ne pas le vivre comme un échec, mais plutôt comme le deuil que je dois faire.

Je ne t’oublierai pas, ma marmotte. Je te remercie pour les dix semaines de chaleur.

J’aimerais prendre une petite partie de ce texte pour remercier les gens que j’ai côtoyés à l’urgence. Ils ont tous été d’une bienveillance exceptionnelle. Des infirmiers au triage qui m’ont accueillie en larmes à la médecin qui m’a confirmé le vide dans mon ventre, merci pour la douceur de votre voix et de vos mouvements. Vous avez rendu ce moment un tant soit peu plus tolérable, surtout dans le contexte de la pandémie où je devais être seule, sans accompagnateur.

Surmonter de telles épreuves me fait réaliser à quel point je suis bien entourée. Mon chum, mes parents qui ont pris les enfants pour la fin de semaine, mes ami.e.s et leurs messages de support, je suis entourée d’amour. Et toi aussi, Marmotte.

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