J’ai des amis (que je déteste) qui clament haut et fort : « Je n’ai pas réussi mon couple, mais j’ai réussi ma séparation! » Et d’autres (que je déteste encore plus), qui font des soupers avec leur ex et leur(s) enfant(s), ou qui partent en vacances en famille. J’en connais (grrrrrr) qui ont laissé leur ex-conjoint.e sur leurs assurances, en déclarant que « le.la précariser reviendrait à précariser mon enfant ». J’en ai plein (méga-grrrrrr) qui ont une super bonne communication avec l’ex, qui l’appellent pour jaser éducation et qui s’assurent d’une saine cohérence entre les deux maisons. Y’en a même (détestation infinie) qui s’interchangent les horaires de garde au gré de leurs rendez-vous et qui pataugent dans la flexibilité et le respect mutuels. J’ai autour de moi une tonne de parents qui se sont pas-pires séparés, malgré toutes les difficultés, colères, déceptions, alouette, qu’une séparation peut engendrer.

Alors quand je me suis séparée, bien sûr que c’était le drame de ma vie. Mais sachant qu’il y a plus d’un tiers des couples avec enfants qui se séparent, j’allais quand même en revenir ‘un moment donné. Sauf que je me suis dit : qu’à cela ne tienne, je vais avoir LA séparation rêvée. J’avais lu Luttes fécondes de Catherine Dorion et je m’extasiais devant ce passage : « J’habite tout près des deux papas. Nos horaires de garde sont picotés d’invitations à souper et de soirées improvisées. » Je voulais moi aussi d’une vie « picotée ».

J’imaginais qu’après un nécessaire temps de digestion, nous allions acheter un duplex, faire des barbecues en famille, que les enfants se promèneraient d’un parent à l’autre sans trop de restrictions, que je deviendrais amie avec sa nouvelle blonde, et que si elle avait des enfants, je les garderais de temps à autre.

J’imaginais plein de rires dans notre cour partagée. J’imaginais qu’il prendrait les enfants lorsque j’avais des réunions le soir et que je lui retournerais la politesse. J’imaginais des Noël et des fêtes d’enfants en famille. Ça, même mes parents y étaient arrivés! J’imaginais que c’est côte à côte qu’on regarderait notre grande compter les fourmis au soccer et qu’on assisterait aux pestaks de flûte à bec.

J’imaginais qu’on communiquerait. J’imaginais qu’on collaborerait. J’imaginais qu’on ferait tout en notre pouvoir pour behave comme des parents-super-héros, et qu’on incarnerait un modèle peut-être marginal, mais créatif et moderne, de parentalité partagée.

Euh… ça ne s’est pas vraiment passé d’même.

C’est un jour que j’attendais dans un cubicule du palais de justice, comptant mes frais d’avocat et suppliant encore pour qu’on aille plutôt en médiation, que ça m’a frappée. Ça n’arrivera pas! Même pas dans ce futur éloigné dans lequel je m’obstine à garder mes aspirations soigneusement entreposées, au cas où, si jamais… Parce que it takes two to tango, vouloir de tout mon coeur ne sera jamais assez. Je ne pourrai pas offrir à mes filles le modèle que je souhaitais pour elles. Un moment donné, faut que je vide le locker. C’est un immense deuil. Dire adieu à ma séparation rêvée. Et soigner la chute.

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