​On voulait juste se promener au marché Jean-Talon

​On voulait juste se promener au marché Jean-Talon

Mon chum et moi sommes français et habitons au Québec depuis quelques années. Au départ nous voulions rester un an à Montréal et repartir en France, mais nous avons tellement aimé cette ville et ses habitants que 5 ans plus tard, nous sommes toujours là. Nous avons des jobs que nous adorons et avons même donné naissance à une petite Québécoise il y a deux ans. Nous sommes chanceux d'avoir le privilège d’être si bien accueillis dans un pays étranger. 
 
Malgré tout, il y a toujours des exceptions à la règle, comme partout et je voudrais vous parler d’une anecdote plutôt surprenante qui est arrivée sans crier gare la semaine passée.

Mon chum, ma fille et moi décidons d’aller faire un tour au Marché Jean-Talon et d’y dîner comme presque toutes les semaines.
 
Arrivés là-bas, les tables au milieu du marché sont toutes occupées. Il reste une place en face d’un monsieur. Mon chum est un peu plus loin avec ma fille, alors je m’approche, seule, et lui demande gentiment si nous pouvons nous mettre en face de lui. Il accepte en souriant.
 
Quand mon chum arrive, je sens que le regard du monsieur change un peu.
Très vite, je réalise qu’il s’agace, qu’on le dérange. Nous sommes pourtant calmes et tranquilles et essayons de respecter le plus possible sa bulle.
Au bout d’un moment, je reçois un appel et y réponds. Là, l’homme en face nous balance : « Vous m’importunez, j’aimerais que vous partiez… »
Mon chum répond :
« Monsieur, nous avons autant le droit d’être ici que vous. Et il y a des façons de dire les choses. Là, je vous trouve assez désagréable.
- J’étais là en premier alors, laissez-moi tranquille, c’est à vous de partir, vous me gênez. Allez ailleurs, c’est tout! »
Mon chum commence à rassembler nos affaires et touche (ou devrais-je dire frôle) sans faire exprès des cartes d’affaires que le monsieur avait étalées de notre côté de la table. Là ce dernier se met à crier :
« Touche pas mes affaires, toi! J’appelle la police » et il se lève, comme pour nous défier.
Mon chum me regarde et me chuchote une injure en serrant les dents. Nous gardons néanmoins notre calme, et commençons à partir.
Mais l’homme décide quand même d’appeler la police. 
 
« Bonjour, je vous appelle, car je suis en face d’un homme qui semble vouloir m’agresser. Il a un teint basané (mon chum est d’origine réunionnaise) et un fort accent français. »
 
QUOI?!
 
Nous n’arrivons pas à croire ce que nous venons d’entendre.
 
Abasourdis, nous attendons la police pour nous expliquer… Les gens autour n’en croient pas leurs yeux. Bien sûr quand les policiers sont arrivés, ils se sont presque excusés de la situation.
 
Nous repartons, sans un mot, un peu tristes et dans l’incompréhension la plus totale. On voulait juste promener au marché Jean-Talon, t'sais…
 
Alors oui, vous me direz qu’il y a des cons partout. Que c’est la vie, que ce n’est pas si grave. Aussi, mon chum n’aurait pas dû me chuchoter à l’oreille des propos que la personne en face pourrait entendre ou mal interpréter. Oui, c’est vrai. Mais je pense qu’on est humains et que c’est normal de réagir un peu face à un tel rejet injustifié. Il aurait fallu qu’on parte et qu’en plus on se taise pour ne pas avoir la police à nos trousses?? Sérieusement?
 
Je ne souhaite en aucun cas faire de généralités et je nous trouve chanceux de vivre dans un pays aussi libre avec une population ouverte, accueillante et tolérante dans sa globalité. C’est d’ailleurs la première fois de ma vie que je vois une personne regarder de travers ma fille et mon chum pour la couleur de leur peau. Parce que, qu’on se le dise, nous n’avions rien fait d’autre que de respirer le même air que lui.
 
 
 

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