Je suis suicidaire (et ça ne paraît pas)

Crédit photo: Jurica Koletić/ Unsplash Je suis suicidaire (et ça ne paraît pas)

Ce pourquoi j'écris aujourd'hui, c'est pour vous partager un petit morceau de mon histoire, si jamais ça peut rejoindre quelqu'un et faire que cette personne se sente moins seule.

J'aurais envie de dire que je me suis toujours sentie ainsi. Ma mémoire est parsemée de trous, alors je suis incapable de retracer le moment précis, mais je sais que ce mal me suit depuis au moins le début de mon adolescence, ce grand vide que je sens à mon âme. J'ai pensé constamment à mourir, sans jamais réellement me faire de plan, j'avais juste cette idée-là, toujours présente au fond de ma tête.

J'ai vieilli et je me suis quand même bâti une vie bien, malgré ce trou noir à l'intérieur de moi. J'ai toujours été fonctionnelle, je suis allée à l'école, je travaille, j'ai eu des relations amicales et amoureuses et j'ai fondé une famille. Tout ça a fait que je me sentais imposteur dans mon envie de mourir. Ça devait être juste moi qui étais trop dramatique.

J'ai vécu certaines vagues où l'envie était plus forte, où je me faisais plus peur et m'inquiétais moi-même. J'ai rarement partagé ce que je vivais, car je l'invalidais. Les quelques personnes à qui j'en ai parlé n'ont jamais vraiment perçu ma détresse à cause de cette façade. « C'est juste une mauvaise journée, ça va aller » ou bien encore « Ben voyons, penses à tes enfants » étaient ce qui revenait généralement.

J'ai souvent eu sur mon cellulaire une page internet (en navigation privée) ouverte menant aux coordonnées du centre de prévention du suicide de ma région. Sans jamais les appeler. Je ne voulais pas les déranger, je n'étais pas vraiment suicidaire puisque je n'avais pas de plan concret…

Sans m'en rendre compte, j'ai développé des mécanismes de défense contre moi-même. Ma pharmacie est gardée au strict minimum, mes couteaux ne sont vraiment pas très affûtés, impossible de trouver de la corde dans ma maison. T'sais, juste au cas. Et le pire, c'est que ce n'est que dernièrement que j'ai pris conscience de ces précautions prises par mon subconscient.

 

Ça va avoir pris une méchante grosse vague, qui m'a amenée tremblante et en larmes à l'urgence de l'hôpital de mon quartier. Un 24h où j'ai pleuré en parlant aux infirmières, aux médecins et à la psychiatre, mais aussi en dormant, épuisée par le raz-de-marée et en fixant le plafond, couchée sur ma civière. Un 24h où je ne me sentais plus en sécurité seule, ni chez-moi. Un 24h où j'ai déversé ce mal-être qui grandissait en moi depuis tant d'années et que j'essayais d'étouffer.

J'ai été écoutée, mes sentiments ont été validés. Avant de quitter, il m'a fortement été conseillé d'appeler le centre de prévention du suicide pour discuter et planifier un appel de suivi, afin qu'ils s'assurent que j'aille bien. Encore une fois, j'ai été écoutée et respectée. J'ai repensé à tous ces jours où je ne les ai pas appelés alors que j'aurais pu. Maintenant, je n'hésiterai plus.

Tout n'est pas rose, les vagues viennent encore me faire tanguer. Je suis présentement en train de cheminer vers un diagnostic et je suis dans l'attente d'un traitement. Reste que la glace est brisée et je n'aurai plus peur d'en parler.

 

Si vous avez des idées noires, traversez une passe difficile ou ressentez de la détresse, composez le 1·866·277·3553 (1·866·APPELLE). C'est gratuit et la ligne est ouverte 24h sur 24 et 7 jours/7.

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