Chéri, ne me cherche pas.

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Chéri ne me cherche pas.
Je suis dans le fossé.
Je t'avais pourtant bien averti.
Je n'en ai plus, d'énergie.
Constamment marabout, mère à boutte, amère par boutte; maintenant mère about to crash.
J'ai pris le clos, à force d'avoir les yeux mi-clos, alourdis par mes cernes, mes soucis de mère et mes peines, alanguis par les nuits moches et les pleurs que moi-même je ne m’explique plus.

Pardonne-moi, chéri. Mes espressos n'ont pas suffi, cette fois. Peut-être manquaient-ils de force, ou suis-je la métaphore incarnée d’un café devenu insipide, à force d'être consommé... froid. Comme cet abysse qui se devine devant moi.
Je me consume, moi.
À force de lutter contre la fatigue, forcément j'ai foncé dans les champs. Me voilà enlisée. Mais ne l’étais-je pas déjà?

Dans ma forteresse de solitude maternelle, j'ai failli à ma tâche d'éveil.. et à toutes celles qui meublent le quotidien de platitude. J’avais pourtant secrètement rêvé m’assoupir à grands coups de benzo infusées dans le ciboulot. Me voilà bien empêtrée, dans ce fossé. Suis-je maintenant ravie, soulagée ?

On devait travailler en équipe, toi et moi. Mais je me suis embourbée dans mon jus de maternité. J'ai cessé de déléguer.
« Capable toute seule », comme dit notre coco de 3 ans, à qui je montre finalement un bien mauvais exemple. Débrouillardise mal placée. J’ai trop souvent fermé les yeux sur des ressources potentielles et maintenant, je suis une source intarissable d’irritabilité et d’instabilité.

Excuse-moi, pour ceci aussi.

Et ne me cherche pas, chéri.
Je ne suis pas partie bien loin.
Nichée dans ma maison, en manque de valorisation, je t’attends pour souper, et non dans le fossé.
Je suis mal en point, mais pas anéantie, ni remplie d’apathie.
Je n’ai pas envie de quitter la vie, mais parfois, j’aimerais la reculer, ne serait-ce que pour trouver le temps et les mots pour te demander de l’aide, avant de me retrouver réellement dans un cul-de-sac permanent... ou au volant, après une autre journée comme celles que j’accumule dernièrement.

Pardonne-moi mes cris, mes répliques cyniques, mes accusations mal placées, mon trop-plein d’hormones et d’émotions; tous des signaux d’alarme et des appels à l’aide mal exprimés, mal traduits, qui nous font du mal, à tous les deux.
Maintenant, dans quelle langue souhaites-tu qu’on s’entende?

 

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